20 décembre 2009
La carte de vœux (gballand)
Son neveu lui avait encore envoyé ses vœux de bonne année, quelle plaie, elle en était encore quitte pour une carte ! Elle se mit au travail sur la table de la salle à manger débarrassée des vestiges du repas. Elle alla chercher sa carte de vœux, sa règle, son crayon à papier, son stylo noir, sa gomme et elle se mit au travail comme l’élève studieuse qu’elle n’avait jamais été. La langue entre les lèvres, elle s’appliquait à tracer les lignes qui lui permettraient d’écrire les traditionnels vœux de fin d’année recopiés consciencieusement d’une année sur l’autre : « Cher Marc, merci de tes vœux, reçois en retour les miens, et surtout une bonne santé. Grosses bises. Monique » Une fois son prénom écrit, elle effaça les traits au crayon du mieux qu’elle le pût. Elle donna un dernier petit coup de gomme, pour la forme, puis elle contempla l’ensemble avec un sourire satisfait. Oui, c’était du bel ouvrage. Elle espérait juste que l’année prochaine, il oublierait de lui envoyer ses vœux…
17 décembre 2009
Résiste…(gballand)
Déjà cinq jours qu’il ne lui téléphonait plus : une victoire. Résister, coûte que coûte, mais comment ne plus entendre sa voix, ses reproches, son désamour ? Pour tenir, il écoutait France Gall en boucle. « Résiste, prouve que tu existes, cherche ton bonheur partout » se chantait-il toute la journée à voix basse au point que ses collègues de travail lui avaient demandé s’il allait bien…
Soudain, son téléphone sonna et il se rua dessus :
- Allô ! Haleta-t-il.
- C’est moi, se contenta de dire la voix au téléphone
- Oui, je sais ce que tu vas me dire, je ne t’ai pas appelé parce que… oui, moi aussi… oui… moi aussi je t’aime… non je t’assure que… mais comment peux-tu m’accuser de… non… non, écoute-moi ! … Je te dis que… Mais comment peux-tu me dire que je suis égoïste moi qui… Allô, Allô !
Une fois de plus on lui avait raccroché au nez.
« Résiste, prouve que tu existes », tenta-t-il de fredonner d’une voix éteinte…
15 décembre 2009
Les volets fermés (gballand)
Il y a longtemps que ces volets sont fermés. C’est là qu’elle a vécu. Qui se souvient encore d’elle ? Elle n’ouvrait jamais ses volets, ou si peu, juste le matin, très tôt, pour voir la couleur du ciel, puis elle les refermait. Le ciel, elle ne l’aimait plus depuis très longtemps. Personne ne savait comment elle s’appelait, ni comment elle vivait, ni comment elle était arrivée là, mais samedi, on l’a vu partir allongée sur une civière, le corps recouvert d’un drap blanc. Sur son passage on a chuchoté des « Si c’est pas malheureux ! » ou « Si on s’était douté !», des mots de pure forme, des mots sans fond, des mots que l’on ressortait de tiroirs poussiéreux juste pour se donner l’air de…
* Photo publiée avec l'aimable autorisation de Patrick Cassagnes
07 décembre 2009
La question (gballand)
Ils étaient assis l’un en face de l’autre dans un café bruyant du centre ville. Comme il se montrait très silencieux, elle lui demanda :
- A quoi pensez-vous ?
- A la même chose que vous, répondit-il en la fixant de ses yeux sombres.
Elle rougit instantanément. Jamais plus il ne la revit.
05 décembre 2009
Les boules Quies (gballand)
Quand il allait à son cours de théâtre il emportait toujours ses boules quies. Sans elles il ne pouvait pas jouer ; les répliques de ses partenaires le déstabilisaient au point d’oublier les siennes. Il préférait se laisser guider par leurs lèvres.
Au bout d’un an plus personne ne voulut jouer avec lui, il s’en étonna mais ne posa aucune question ; il se contenta de monologues.
29 novembre 2009
Vertige (gballand)
Il lui avait dit qu’il pouvait le faire, il suffisait qu’elle le veuille. Elle lui avait répondu : « Chiche ! ».
Trop tard pour reculer, elle le fixait de ses yeux gris et attendait qu’il s’agrippe au cordage. Lorsque ses mains s’accrochèrent à la corde rêche, son cœur battit à tout rompre. Il commença l’ascension à contre cœur. Son corps se vida immédiatement de son sang et sa tête devint un manège qui tournait à tout rompre. Loin, très loin, il l’entendait qui criait :
- Descends je te dis ! Descends tout de suite ! Tu m’entends ?
Mais il n’entendait plus. S’il descendait, il serait ridicule ; et voudrait-elle encore s’allonger dans l’herbe avec lui pour regarder passer les bateaux ?
* texte écrit à partir de cette photo de C.V prise lors de l'Armada à Rouen
25 novembre 2009
Quatre trous sinon rien ! (gballand)
Elle me dit qu’elle veut deux trous supplémentaires à chaque oreille, je lui réponds que non, elle me rétorque que si, que les oreilles sont à elles, un point c’est tout !
- A toi certainement, mais un trou supplémentaire de chaque côté suffit amplement.
- Non, deux !
- Vu la petitesse de tes lobes, les boucles d’oreilles vont se chevaucher !
Elle ne trouve pas ça drôle. Elle se fera faire ses trous envers et contre moi ! Que je me le tienne pour dit ! Porte claquée, conclusion.
21 novembre 2009
Le pays des orages (gballand)
Il lui avait dit qu’il venait du pays des orages et que pour elle il avait traversé mers, déserts et montagnes. Il lui écrivit les plus beaux poèmes d’amour, elle ne répondit pas. Alors il la couvrit de diamants étoilés et de lunes brodées ; elle continua de l’ignorer.
Il en conçut un tel dépit qu’il lui ôta la vie de sa dague argentée.
PS : texte écrit dans le cadre des ateliers des « impromptus littéraires »
20 novembre 2009
Prenez vos agendas ! (gballand)
A chaque fois qu’elle demandait aux élèves de seconde de prendre leur agenda, toujours les mêmes soupirs, les mêmes lamentations et les mêmes cris d’orfraie :
- Ah non madame ! On a trop de travail, on peut pas !
Elle ressentait invariablement la même envie impérieuse de leur hurler :
- Putain de merde, je vais vous arracher vos poils dans la main, moi, et les uns après les autres !
Au lieu de cela, elle continuait d’humeur égale :
- J’attends que tout le monde ait son agenda sur la table… notez pour…
14 novembre 2009
A fleur de mots (gballand)
Elle avait toujours été à fleur de mots ; la rumeur disait même qu’elle était folle. Quand son arc à palabres se déployait, ses victimes ne se relevaient pas. Elle dérangeait. On chuchotait que seul un puissant neuroleptique pourrait la guérir de sa langue malade. Bientôt, ses mots ne troubleraient plus l’ordre public : on la mettrait à l’isolement.
PS : texte écrit dans le cadre des « impromptus littéraires »