Presquevoix...

Création de textes et de nouvelles : deux femmes, deux voix, deux univers... Les textes et photos sont propriétés de leurs auteures.

19 mai 2008

Ouvrir la porte

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Parfois, dans la vie, il arrive que nous n'arrivions pas à nous débarrasser de certaines choses qui nous empêchent d'avancer...












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...pourtant, il suffit d'ouvrir la porte pour qu'enfin...nous soyons libérés de ce trop plein dévastateur et inhibant.


Photos: Ecluses du canal Rideau, Ottawa












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12 mai 2008

You are beautifull

Le pub est agréable, parquets et plafonds en bois lisse, lumière tamisée, un peu bruyant mais ce qu’elle apprécie c’est l’atmosphère non fumeur, propre à ce pays par rapport au sien. Banff est une ville touristique au milieu des Rocheuses, paysages sublimes, montagnes si présentes, cimes enneigées et à perte de vue les sapins entre lesquels la Bow river trace son chemin. La journée a été consacrée à des marches en pleine nature, agrémentées de fou-rires sur les chemins encore glacés et glissants. Parfois un petit souci lui traversait la tête, celui de tomber sur un ours! Elle sourit à cette pensée et se souvient de ce grognement entendu sur le chemin du retour alors qu’ils longeaient « Johnson’s Canyon ».

Maintenant elle savoure sa bière, attendant son chum qui est allé en fumer une sur le trottoir comme tous les fumeurs au Canada. Elle regarde le poste de TV au-dessus du bar, un match de hockey est retransmis mais elle est incapable d’entendre les commentaires, le bruit des conversations alentour étant trop fort. De toute façon, elle n’aime pas ce sport, trop violent, un sport de brutes pour elle, tout comme le football ou ce qu’il est devenu. Le barman pose un billet devant elle. Le regard interrogateur, elle lève les yeux vers lui, il sourit et s’en va. Elle prend le bout de papier et lit « you are beautifull ». Un peu interloquée elle regarde autour d’elle, scrute les tables et ceux qui y sont attablés. Rien. Elle continue à faire le tour du pub et soudain son regard tombe dans celui d’un homme, assis au bar à l’opposé de sa place. Quand leurs regards s’accrochent, elle comprend que le billet est de sa main. Il lève son verre comme pour trinquer à sa santé. Elle fait de même. Elle hésite et se décide soudain. Elle prend le même billet et y couche les mots qui lui viennent à l’esprit. Elle attrape le barman et lui demande de retourner le message à son expéditeur. Son chum revient, il boit les dernières gouttes de sa bière et ils s’en vont. L’homme la regarde partir et serre dans sa main le bout de papier, vestige d’un petit moment précieux à garder dans un coin de sa mémoire.

 

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08 mai 2008

Pensées vagabondes

« Éclaboussures permises » ai-je lu sur le panneau accroché à la grille qui entoure la pataugeoire du parc LaFontaine à Montréal. J’ai souri et mes pensées ont commencé à vagabonder…

Un jour d’été, des enfants crient, hurlent, ils s’éclaboussent les uns les autres, ferment les yeux quand l’eau leur arrive en plein visage, les essuient et y vont leur tour, à asperger le copain, à vider la pataugeoire pour le plus grand plaisir, celui de mouiller l’autre encore et toujours. Ici pas d’interdit, on peut éclabousser tout son soûl et par cette chaude journée d’été, c’est un délice. C’est ce que j’imagine en regardant ce grand bassin encore vide de son eau et des cris des enfants. Dans les souvenirs de mon enfance, les interdits dominent : interdiction de sauter, de courir autour de la piscine, interdiction de crier et de hurler pour ne pas déranger, interdiction d’éclabousser les autres,  de mouiller les adultes qui font leur longueur telles des grenouilles pataudes, interdiction, interdiction…

Je continue ma promenade. Il fait frais en ce matin certes ensoleillé mais à la température qui ne me fait pas regretter ma petite laine. Alors que je déambule entre les pelouses toutes vertes des premiers brins d’herbes tendres du printemps, je remarque une forme allongée. Un corps en bikini s’offre aux premiers rayons du soleil matinal. Le point d’interrogation surgit de dessus ma tête : séance de bronzage précoce ou besoin vital de soleil après un si long hiver…

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05 mai 2008

petits flashs à Montréal

Sur St-Laurent, alors que les boutiques et cafés se succèdent, je tombe(sic) sur une marbrerie pour pierres tombales. Des grosses pièces de granit, marbre et pierres diverses sagement alignées derrière une grille. Incongru dirais-je!

Alors que je déguste une pizza et une bonne bière avec mon "chum", je deviens agacée par les "okay" de notre voisin répondant à son vis-à-vis, leur table jouxtant la nôtre de 3cm à cause de la petitesse de la salle. Ses "okay" se répètent toutes les 10 secondes: habitude ou tic...

Je déambule sur St-Denis, je croise un buste de bronze du Général Charles de Gaulle dans le jardin d'une maison. "Vive le Québec libre" a laissé sa trace...

Un peu plus loin, je retrouve la gourmandise de savourer un bagel tiède tout droit sorti du four de la boulangerie de la rue St-Viateur...Dieu que c'est bon...

Et demain je continue...


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04 mai 2008

Mon retour à Montréal

Montréal, ciel gris, température fraiche mais sans plus. Ou est passée cette neige d’antant accrochée à ma dernière vision de toi alors que je retournais en Suisse?
Tes arbres semblent à peine émerger de leur torpeur et quelques feuilles vertes sortent de ci de là. Un écureuil descend de l’arbre devant moi, il est rejoint par un autre plus loin et je réalise que cela faisait partie d’un environnement qui n’est plus le mien depuis ce début d’année…Je me promène dans ce quartier qui fut le mien pendant des mois et les souvenirs émergent au fur et à mesure que mes pas retrouvent les mêmes coins qu’autrefois. Les vitrines proposent des robes fleuries, des ballerines, des sacs d’été, le contraste est saisissant car ma mémoire avait fait un arrêt sur des images hivernales et me voilà plongée dans un univers qui a continué son chemin au fil des saisons sans moi.
L’avantage du décalage horaire fait qu’en ce dimanche, je suis levée à l’aube. Le petit jogging du matin dans le parc Lafontaine, même sous la pluie, donne une dimension irréelle à ce début de séjour. La ville est encore endormie, le bruit de la circulation faible, je me sens comme suspendue dans le temps.

Montréal, j’ai quatre jours pour reprendre possession de toi, j’ai hâte.

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09 janvier 2008

Histoire d’une fin

Marcher dans la neige, raquettes aux pieds, la fouler, la balayer, admirer la magie que cette poudre blanche confère au paysage et en jouir pleinement…

Sentir la puissance de cet engin qu’est la motoneige, glisser sur les chemins sans pouvoir admirer le paysage vu la concentration que cela me demande, faire abstraction du bruit et de la pollution le temps d’une heure de plaisir enfantin…

Découvrir la meute de chiens du traineau, les caresser tout en étant quand même un peu inquiète de leur aboiements, fous qu’ils sont de pouvoir s’élancer, découvrir un mythe en touriste gâté car sans contrainte, rire quand le traineau manque de verser dans un virage en pente, découvrir que même chez les chiens, il y a ceux qui tirent et ceux qui font semblant, réaliser tout le travail que le musher* fait avant, pendant et après, découvrir tout cela dans la paysage grandiose du parc naturel de la Mauricie…

Pénétrer dans les coutumes et le monde respectueux et légendaire des amérindiens canadiens, marcher sur leurs pas, constater le respect qu’ils vouent à la nature, les animaux et la terre nourricière, se poser des questions sur ma façon de les respecter à mon tour, découvrir un peuple invisible** qui lutte pour que les autorités reconnaissent et redonnent ce à quoi ils ont droit, avoir envie de tester la cabane de sudation (ancêtre de la sauna humide mais dans le sens de se débarrasser de ses impuretés de l’année pour renaître), humer l’odeur dégagée par le tapis de branches de sapins qui recouvrent le sol de leurs maisons longues, se laisser bercer par leurs chants accompagnés du son du tambour…

Apprécier la convivialité de tous ceux qui nous ont accueillis et chouchoutés, se laisser dorloter se laisser aller, les pieds contre le foyer, le livre sur les genoux et la bière rousse et locale à portée de main…

Retrouver Montréal et vivre à nouveau une tempête de neige, regarder tomber les flocons, entendre le « cris-cris » des pas sur la neige foulée, s’en mettre plein les bottes et ressembler à une bonne-femme de neige après une brève promenade, dire au revoir à ce froid mordant, ce climat qui me convient bien, cette luminosité que la neige provoque même sous un ciel chargé, réaliser que c’est la fin d’une belle histoire trop courte mais si intense, envie de revenir bientôt…

Arrivée sur le sol helvétique, se faire accueillir par un contrôleur de sécurité qui m’aboie contre et me confisque mes flacons de sirop d’érable achetés au Duty free de Montréal mais ne passant pas l’interdiction des liquides de l’aéroport de Zurich alors que je suis en transit pour Genève et avoir déjà la nostalgie du « ça fait plaisir » québécois et de leur sourire…

*musher : conducteur du chien de traineau
** « le monde invisible » film documentaire québécois de Richard Desjardins sur le peuple amérindien.

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01 janvier 2008

Bonne Année

Ne laisse pas figer l'encre,
Ne laisse pas sûrir le vin,
Ne laisse pas pourrir les bûches.
Bois, parle et chauffe...
Félix Leclerc

Bonne Année à vous toutes et tous et merci de nous accompagner tout au long de l'année.

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24 décembre 2007

Joyeux Noël

A l’arrêt de bus.
- Y sent vient !
- Ben c’est pas trop tôt car y fait frette.
- T’as-tu donc pas mis ton Kanuk ?
- J’ai pas les pièces pour m’ach’ter c’t affaire moe.
- Ben voyons, c’est pas pire d’économiser quelques huards pour t’sentir au chaud.
- Quelques Huards, t’es donc pas fin! Moe j’trouve que ça pas d’bon sens de mettre autant de pièces pour un manteau !

Le bus arrive. Ils mettent leurs valises dans la soute, tendent leurs billets au conducteur et s’installent pour un long voyage. Ils s’en vont passer les fêtes et tester les plaisirs hivernaux québécois dans une pourvoirie près du parc de la Mauricie : raquettes à neige, traineaux à chiens et joies de l’hiver et qui sait, rencontre avec le père Noël?.

"Traduction"
Frette : très, très froid
Kanuk : marque de manteaux pour les très grands froids
Huards : surnom donné aux dollars canadiens

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23 décembre 2007

Une histoire. Fin

Le facteur est là et en lui donnant son courrier, se montre plus bavard qu’à l’accoutumée. Elle comprend enfin qu’il attend ses étrennes. Elle remonte vite chercher un billet et content il repart en lui souhaitant un bon Noël.
Dans le courrier, entre les factures et publicités diverses, elle trouve la lettre avec le numéro manquant. Quand elle revient au salon, Kidou est assis sur la table basse, à côté des quatre autres lettres, il semble attendre quelque chose.
- Tu veux que je les lise, c’est ça ?
Elle reste debout, ne sachant que faire. Elle est dévorée de curiosité mais pleine d’appréhension. Elle pose la première lettre devant les autres et ces 5 carrés bleus donnent une touche colorée qui attire le regard. Les bras croisés, elle résiste. Menaces, excuses, supplications, haine, amour, quels messages cachent-elles ? En cette veille de Noël, elle n’aspire qu’au bonheur mais en a-t-elle le droit ?Kidou saute à terre et vient se frotter contre ses jambes, elle s’assied, il vient se lover sur ses genoux. Elle trouve ce chat étrange, comme un petit ange venu lui apporter réconfort dans ses moments de solitude.
Elle ouvre la première lettre, en sort 5 feuillets et se met à lire les mots tracés d’une écriture fine et élégante. Les minutes passent, la lecture est intense. Des émotions diverses passent sur son visage et les larmes font bientôt leur apparition. Elles coulent lentement le long des joues et vont se perdre dans son cou. Elle ne cherche pas à les sécher ni les arrêter, ce sont des larmes libératrices. Quand elle repose enfin la dernière feuille de la cinquième lettre, elle sent son cœur s’envoler comme libéré de l’étau qui l’avait enfermé depuis si longtemps. Elle prend le chat contre elle et le serre en enfouissant son visage dans sa chaude fourrure. Il se laisse faire et finit même par lui lécher le bout du nez. Elle rit, elle se sent bien, elle se sent redevenir belle et joyeuse.
Soudain le chat saute de son perchoir et va se poster derrière la porte, il a anticipé la sonnette qui retentit.
C’est lui !

Elle ne cherche même pas à effacer les traces sur son visage, elle dévale les escaliers, ouvre la porte. Devant elle se tient un homme jeune, dans ses bras, un petit garçon qui suce son pouce.
Elle les dévore des yeux puis, délicatement, en tremblant un peu, avance sa main et caresse la joue de l’enfant. Il la regarde de ses grands yeux bleus et demande à son père tout en continuant à la fixer.
- C’est qui la dame papa ?
- C’est ta grand-maman Jérôme.
Puis, en plongeant son regard dans celui de sa mère, il poursuit.
- Joyeux Noël maman.

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22 décembre 2007

Une histoire. Suite 5

Etendue dans le noir, elle n’arrive pas à trouver le sommeil. Le silence qui l’entoure n’est ponctué que des bruits lointains des déneigeuses des rues avoisinantes. Un grattement à la porte lui fait lever la tête. Un miaulement suit. Elle se lève et va ouvrir la porte. Le chat se faufile prestement et saute sur son lit pour s’y installer. Elle hésite puis hausse les épaules et se recouche. Le chat vient s’étendre à son tour contre son flanc et se met à ronronner. D’une main douce, elle le presse un peu plus contre elle. Elle aime sentir ce petit corps chaud contre le sien. Elle s’endort aussitôt.

Le lendemain, elle se réveille tard. Encore passablement endormie par cette nuit sereine elle regarde sa montre et découvre qu’il est déjà 9h. Le chat n’est plus là, elle saute hors de son lit et quand elle pénètre dans sa salle de bains, marche sur une petite mare. Elle réalise soudain que ce pauvre chat n’a rien pour faire ses besoins. Elle le cherche et le trouve posté derrière la fenêtre du salon. Il tourne la tête quand elle s’approche, elle regarde au dehors comme lui et voit une silhouette familière tourner le coin de la rue. Elle murmure.
- Je savais que c’était lui.
Elle tourne les talons et se dirige vers les escaliers qu’elle descend. Effectivement, une lettre au papier bleu repose sur le sol. Elle la saisit et retourne au salon. Elle est debout devant la table basse où reposent les autres, elle hésite puis y jette la quatrième et va s’habiller. Elle se poste devant son ordinateur pour rédiger un avis de recherche. Elle enfile ensuite ses bottes, met son manteau, attrape son sac et sort non sans avoir donné à manger à son petit hôte.
En rentrant elle s’adresse au chat qui l’attendait derrière la porte, elle semble très en colère.
- Je sais comment tu t’appelles et d’où tu viens. Tes maîtres sont des salauds. Tu excuseras mon langage mais il n’y a pas d’autres mots. Ils sont partis en vacances et t’ont laissé à la rue. C’est monsieur Thiang, le dépanneur du coin qui me l’a dit.
Elle déballe ses sacs et installe le bac à litière dans la salle de bains et des écuelles toutes neuves dans la cuisine puis fait claquer les placards comme si elle essayait de faire passer sa colère. Quand elle revient au salon, elle trouve Kidou, car tel est son nom, toujours posté derrière la fenêtre. Elle reprend les lettres et les examine une fois de plus. Elle note alors une particularité qu’elle avait omise : les lettres sont numérotées de telle façon qu’elle réalise qu’elle devrait en avoir 5 en tout. Elle aligne les missives sur la table et reste pensive sur cette série incomplète.

Au coup de sonnette, elle sursaute.

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