28 mai 2009
la crise de la cinquantaine, fin (MBBS)
Sonnée par cette tirade, je suis restée muette. Mon mari a haussé les épaules, Maude s’est levée et a commencé à débarrasser la table et seul le cliquetis des couverts empilés emplissaient l’air de bruits métalliques. Finalement, je me suis adressée à mon fils.
- Tu as 21 ans, de longues années d’études devant toi à cause de ce métier que tu as choisi. Tes bourgeois de parents sont là pour te payer ces études, t’entretenir ainsi que ton frère et ta sœur. Le sac Gucci que tu me reproches, j’ai attendu d’avoir passé la cinquantaine pour pouvoir me le payer, c’est un vrai et pas un faux qui entretient la mafia et la misère humaine par ses vendeurs ambulants qu’on croise à tous les coins de rue.
- Pourquoi tu parles de ces vendeurs de faux, ça n’a rien à voir.
- Je sais que cela n’a rien à voir, ai-je explosé en me levant de table, mais ton jugement me met hors de moi. C’est facile de nous traiter de stressés qui bossent pour des détails financiers qui t’arrangent bien.
Puis m’adressant à mon frère.
- Va, vis et deviens qui tu veux devenir, tu as raison, si tu laisses passer cette occasion, après tu seras soit trop vieux, soit trop mal en point pour réaliser ce rêve. Quant à moi…
Je laisse ma phrase en suspens quelques instants pour réfléchir. Quatre paires d’yeux me fixent. Maude reste immobile, sa pile d’assiettes dans les mains. Finalement, je continue ma phrase et lance un pavé dans la mare.
- Quant à moi, je vais aussi la faire ma crise de la cinquantaine, même si j’ai dépassé la date limite. Après tout, pourquoi me gêner…
- Et je peux savoir ce que tu comptes faire, questionne mon mari.
Je me tourne vers lui et lui adresse mon plus beau sourire.
- Non, tu ne peux pas !
Puis vers les autres.
- Faites votre vie, moi, ici et maintenant, je vais faire la mienne et enfin la vivre comme jamais je n’aurais cru possible. Je vais penser à moi et rien qu’à moi. Fini de tout gérer, tout coordonner, tout organiser pour les autres. Je pars !
Après le silence provoqué par ma tirade, Julien ricane.
- C’est ça ta révolution, te tirer ! Te prendre quelques jours de vacances et puis alors ?
- Tu n’as pas compris, je pars pour des semaines, des mois voire des années, je ne sais pas encore où ni comment mais je m’en vais.
- Et moi, demande mon mari, j’ai le droit de dire mon mot, de savoir où tu vas, ce que tu comptes faire.
- Non, mon chéri, fini tes droits. Est-ce que tu me demandes la permission quand tu pars en week-end avec tes copains, que tu t’absentes deux semaines à l’étranger pour ton boulot, que tu organises une tournée en Bourgogne avec tes contemporains ? Je n’ai jamais rien dit, je ne me suis jamais plainte car j’étais une bonne épouse soumise, bien calée dans les rails qui jalonnaient ma vie. Mais c’est fini les rails, je quitte ce chemin et j’en prends un de traverse, aussi simple que ça !
Sur ce, ces bavardages m’étant insupportables, je me suis dirigée vers la porte, j’ai pris mon sac et jeté un dernier regard à mon frère. Nous nous sommes fait un clin d’œil et je savais que mon premier voyage sera pour Sturgis. Quand la porte s’est refermée, j’ai respiré un bon coup et me suis mise en marche.
Aujourd’hui, je suis dans ce train qui m’emmène ailleurs. Je suis folle, mais j’aime cette folie naissante. Jamais je ne me serais crue capable d’orienter ma vie en dehors des sentiers balisé, je me sens libre, enfin !
27 mai 2009
la crise de la cinquantaine, épisode 2 (MBBS)
- Et ta famille, ton travail, Maude, tes enfants ?
- Quoi, ma famille, mon travail, Maude, mes enfants ? Mes enfants sont adultes, Maude est prise par son travail, ils peuvent se passer de moi pendant quelques semaines, non ? J’ai travaillé comme un dingue ces dernières années, j’ai mis de côté ma vie pour assurer confort et sécurité, maintenant j’ai décidé qu’il était temps de penser à moi…et de réaliser un vieux rêve. Si ce n’est maintenant, cela ne se fera jamais. De toute façon, ma décision est prise, je ne changerai pas d’avis.
- Et toi tu ne dis rien, ai-je demandé à Maude ?
- Que veux-tu que je réponde, il est assez grand pour savoir ce qu’il fait. Etre mise devant le fait accompli, dénote bien qu’il ne veut pas de mon avis, donc qu’il parte et qu’il s’éclate !
- Si je n’ai rien dit à personne, c’était pour échapper aux inévitables drames ainsi qu’aux conversations ayant pour but de me persuader de renoncer. Je pars la semaine prochaine, le bateau m’attend et l’aventure avec.
Puis se tournant vers Maude.
- Il y a un billet d’avion qui t’attend si tu veux me rejoindre à Sturgis. A toi de décider.
Puis s’adressant à son filleul, donc mon fils.
- Et si Maude ne veut pas venir, tu peux en profiter…
- Yes ! s’exclama mon fils avant que je réagisse pour signifier que je n’étais pas d’accord.
Et savez-vous ce que m’a répondu Julien ? « Maman, ton frère a attendu 50 ans pour réaliser son rêve, moi je ne vais pas attendre toutes ces années, si cette opportunité m’est offerte, je vais sauter à pieds joints dessus. Vous de la génération d’avant, vous avez tout misé sur le travail, pour en retirer quoi ? La maison, les vacances, la grosse bagnole et le sac Gucci dans un premier temps mais votre vie s’est envolée et vous vous retrouverez vieux avant d’avoir réalisé qu’il y a plein de choses à découvrir et à vivre. Regarde-toi, tu es toujours stressée, papa idem, tout est réglé, minuté et moi j’ai pas envie de vivre ça, du moins pas maintenant. »
26 mai 2009
la crise de la cinquantaine, épisode 1 (MBBS)
Mon frère a fait sa crise de la cinquantaine et pour changer, il a fallu qu’il fasse les choses différemment. Il aurait pu changer de métier, prendre une maîtresse, quitter sa femme, se faire un lifting, bref, réagir comme certains de nos amis mais non ! Il faut dire que mon frère n’est pas un homme ordinaire, toute sa vie il a cherché à sortir du cadre alors que moi, je restais dans mes rails. Nous sommes issus du même moule mais souvent je me demande si ma mère n’en a pas fait un avec le laitier, l’autre avec le postier, ce qui expliquerait nos différences. Autant je suis maigre, les cheveux blonds raides, le nez à la Cléopâtre, stressée et pressée, autant lui est rond, brun, cheveux bouclés, nez aplati et toujours jovial, à faire la fête et boire plus que de raison. Stéréotypes pensez-vous ? Oui, sûrement car sinon comment expliquer l’inexplicable ?
Sa crise a commencé de façon insidieuse et même sa compagne n’y a rien vu au début. Une Harley Davidson a toujours été son rêve nous avait-il expliqué, en effet, sillonner les routes accompagné du sourd roulement de tambour de son moteur à deux cylindres était un plaisir que seuls des connaisseurs pouvaient apprécier. Bon, nous avions classé cet engouement sur le compte d’une lubie avec l’idée que tout rentrerait dans l’ordre au début de l’hiver. Que nenni ! Sa machine bien en main (il faut semble-t-il un certain apprentissage pour manier cet engin) il nous a annoncé qu’il allait partir en solo à Sturgis dans le Dakota du Sud pour assister au plus grand rassemblement de motards en Harley Davidson du monde entier. Cet événement se déroulant au mois d’août, il partirait prendre le bateau à Lisbonne pour traverser ensuite les Etats-Unis d’Est en Ouest depuis New-York.
Il nous a annoncé cela hier, alors que nous étions tous réunis pour l’anniversaire de mon fils Julien, accessoirement son filleul. Seul le tic-tac de la pendule a répondu à cette annonce saugrenue. Pétrifiés, nous sommes restés de longues minutes sans réagir avant que Julien bondisse de joie et lui demande s’il pouvait l’accompagner.
- Il n’en est pas question, ai-je rapidement réagi.
Puis me tournant vers lui, j’ai poursuivi.
- Et ta famille, ton travail, Maude, tes enfants ?
25 septembre 2008
Ca marche pour toi? Suite et fin
- Maman ?
- Oui.
- Tu m’en veux ?
Elle le regarde intensément, avance sa main pour prendre la sienne et murmure.
- Non, je ne t’en veux pas, je pense que cela a aussi été difficile pour toi, le passé est le passé, je suis contente de savoir que tu vas bien mais…
- Mais ?
- Que veux-tu au juste ?
- Te revoir.
- Et ?
- Te revoir de temps en temps, c’est tout.
Soulagée, elle s’adosse au dossier de sa chaise.
- J’avais peur que tu veuilles revenir vivre avec moi. Notre vie commune était si catastrophique que je ne pouvais l’envisager. Mais te revoir et passer des petits moments avec toi, oui, j’en serais heureuse.
Elle se redresse et de sa main, effleure le visage de ce fils inconnu.
- Viens au salon, je te ferai un soin du visage, tu verras c’est très agréable.
Il lui prend la main et la porte à ses lèvres.
- Si tu as besoin d’un beau mec pour épater tes copines lors d’un dîner, tu me fais signe ?
- Ca marche, je serais heureuse d’être à ton bras.
- Quand je t’ai téléphoné, je ne pensais pas que notre conversation prendrait ce chemin, en fait j’avais peur et en même temps, j’étais plein de rancœur à ton égard. Tu m’as surpris, qu’est-ce qui t’a fait changer ainsi ?
Elle marque une pause avant de répondre.
- Quand tu es parti, je me suis regardée dans le miroir et ce que j’ai vu m’a fait peur. Une mégère, j’étais une véritable mégère et je t’avais fait du mal. Je n’étais pas préparée à vivre avec un fils ado, te voir de temps en temps c’était différent, je pouvais maitriser mais pas une vie commune. Ton père ne m’avais pas laissé le choix et cela devait être temporaire, le temps pour lui de s’installer. Tu connais la suite. Après notre crise, j’ai voulu changer même si c’était trop tard, j’ai demandé de l’aide, le chemin a été long mais j’y suis arrivée. Je t’ai cherché tu sais, pendant des années, je pensais t’apercevoir à chaque coin de rue, quand quelqu’un sonnait à la porte, je m’imaginais que cela pouvait être toi, j’ai eu mal, très mal mais comment t’en vouloir, c’était moi la fautive, moi l’adulte, c’était à moi de faire le travail et de changer. Je pense que j’y suis parvenue mais vivre à deux n’est pas pour moi, c’est aussi pour cela qu’il n’y a pas d’homme dans ma vie, en fait, personne de stable. Je suis une solitaire, voilà tout !
Il ne répond rien il hoche la tête.
- Et toi, tu as quelqu’un dans ta vie ? Une famille ?
- Pas encore trouvé la femme qu’il me faudrait, des aventures, rien de plus.
Elle rit en rejetant sa tête en arrière.
- Toi et moi faisons une belle paire…telle mère, tel fils, enfin je te souhaite d’avoir autant de chance que moi, d’avoir un fils qui…pardonne ?
Il ne réplique rien, il l’observe gravement, elle soutient son regard, l’instant est intense, les secondes passent lentement puis un sourire apparaît sur leurs lèvres, les mots n’ont plus d’importance .
24 septembre 2008
Ca marche pour toi?
Elle avait accepté de prendre un café, rien de plus. Il l’attendait en se rongeant les ongles. C’était une sale habitude mais quand il était un peu nerveux, il ne pouvait s’en empêcher, certains fument, lui c’était les ongles. Pour la 4ème fois, il se regardait dans le miroir qui faisait face à sa table, miroir qui vantait une marque de bière avec une belle rousse plantureuse au sourire enjôleur. Pamela n’avait pas le sourire enjôleur en fait, il se demandait s’il l’avait vu sourire durant ces deux ans pendant lesquelles ils avaient vécu ensemble. Les disputes étaient leur lot quotidien et ils s’en contentaient. Le jour où elle avait levé la main sur lui, il n’avait plus supporté et s’était tiré. Cela faisait presque dix ans maintenant, dix années au cours desquelles il avait bourlingué de ci de là sans jamais donner de nouvelles. Quand il lui avait téléphoné, elle avait pleuré, pleuré de le savoir encore en vie, pleuré de toutes ces années d’angoisse à ne pas savoir ce qu’il était devenu.
Il sort un peigne de sa poche et lisse à nouveau ses cheveux, puis content de son look, rajuste son blouson et regarde une fois de plus sa montre. Elle est en retard, elle ne va pas tarder. Elle va être surprise de le trouver si chic, il est sûr qu’elle pense qu’il est SDF ou chômeur, elle lui disait qu’il finirait ainsi. Eh, bien non ! Ca été dur mais la rage de ne pas lui donner raison a été le moteur de sa réussite et la chance a fait le reste.
Une main se pose sur son épaule, il sursaute.
- Excuse-moi, je ne voulais pas te faire peur.
Il lève le visage et ce qu’il voit le surprend. Sa mère est belle, cheveux courts bruns aux mèches cuivrées, silhouette fine mise en valeur par une jupe étroite moulante, un pull a col roulé et une veste en daim, bottes à mi-mollets. La bouche esquisse un sourire timide et il remarque qu’elle est maquillée. « Tiens, se dit-il, elle ne se maquillait pas avant. »
Elle s’assied en face de lui, le serveur s’approche et elle commande un café serré. Ils restent à s’observer, attendant que l’autre parle.
- Tu as changé.
- Toi aussi, cela fait si longtemps.
- Dix ans.
- Tu as l’air en pleine forme.
- Toi aussi.
- Merci.
Après ces banalités, un silence s’installe. Elle tourne sa cuillère dans le café, le coude sur la table, la main soutenant son visage. Il note les ongles peints et soignés. Cette femme n’est pas sa mère, il ne la reconnait pas.
- Tu fais toujours le même job ?
Elle sourit, un sourire tendre et espiègle. Il ne l’a jamais vu sourire ainsi.
- Non, heureusement, je n’en pouvais plus. Quand tu es parti, j’ai décidé de reprendre une formation, je suis esthéticienne, j’ai mon propre salon et j’ai une bonne clientèle. Ça marche bien, je suis contente.
- Ah, je comprends !
- Tu comprends quoi ?
- Ben, ton look, tout quoi !
- Je te plais ?
Il est surpris par la question mais répond que oui, il la trouve super. Elle rit de cette affirmation. Elle demande-
- Et toi, que fais-tu ? Tu as l’air bien, chic et tout.
Elle a remarqué, il en est fier.
- Je dirige une agence d’Escort boy et girls.
Elle ouvre de grands yeux.
- Tu veux dire ces hommes et ces femmes qui accompagnent des riches à des dîners ou soirées ?
Il hoche la tête.
- Tu l’as fait toi aussi avant de diriger l’agence, tu as aussi été un…escort boy ?
Il hoche à nouveau la tête.
- Et…
La question lui brûle les lèvres mais elle n’ose pas la poser.
- Et tu aimerais savoir si j’ai couché avec toutes ces femmes.
C’est à son tour de hocher la tête.
- Pas tout le temps, ce n’était pas prévu dans le contrat et je pouvais choisir. Quand la femme me plaisait, je me laissais tenter, cela dépendait des circonstances.
- En fait, je ne suis pas étonnée, tu es beau, tu dois avoir du succès et tu t’es épanouis durant toutes ces années… comme moi…Notre vie ensemble n’avais rien de réjouissant, nous vivons mieux séparés, c’est le constat qui s’impose non ?
Il ne répond rien.
- Au fait, tu as revu ton
père ? Quand tu es venu vivre avec moi, il repartait en Amérique du Sud
avec l’idée de te faire venir plus tard. Sa mère ne voulait pas te laisser à
moi, elle avait sans doute raison mais cela devait être provisoire. Quand tu as
claqué la porte, j’ai essayé de le joindre mais sans succès, puis après j’ai
laissé tomber, je ne sais même pas s’il vit toujours. C’est une manie chez les
hommes de cette famille, partir sans donner de nouvelles.
A suivre...
14 août 2008
Sois raisonnable! (fin B)
Prête à disparaître de la surface de la terre mais surtout du restaurant où ils mangeaient, elle n’avait pas osé lever les yeux de son assiette attendant le verdict. Comme son silence se prolongeait, elle avait relevé la tête pour plonger son regard dans le sien et ce qu’elle y lisait l’avait comblée : il partageait ses sentiments ! Il lui avait pris la main et avoué que lui aussi il l’aimait. Il avait appelé le serveur, demandé l’addition, ils étaient partis du restaurant, elle l’avait suivi et il l’avait entrainée dans une chambre d’hôtel. Elle s’était retrouvée nue et dans ses bras comme dans un songe, comme si ce n’était pas elle, la bourgeoise timorée qui était là. Elle avait découvert sous ses caresses des sensations qu’elle pensait oubliées depuis longtemps, elle n’avait pas eu honte de ce qu’elle faisait, au contraire, elle se découvrait une autre dans ses bras. Bien sûr, cela n’avait pas été facile de vivre ainsi, d’avoir cette vie cachée car leur situation était difficile et sans grand avenir immédiat. Sa femme était malade et il avait tout de suite averti qu’il ne voulait pas divorcer. Elle avait été d’accord, elle ne se voyait pas non plus tout balancer. Paradoxalement, elle tenait à sa famille, elle tenait à son mari et voulait les préserver de sa folie. Ils décidèrent donc de se retrouver dès qu’une occasion se présentait, ils faisaient très attention, s’entouraient de mille précautions. Parfois un week-end s’offrait à eux et ils découvraient le bonheur de s’endormir ensemble et de se réveiller côte à côte. Dans ses moments de lucidité, elle se demandait comment elle arrivait à vivre sa vie sans culpabilité ? Elle faisait taire sa conscience en se disant qu’elle ne faisait de mal à personne, qu’au contraire cet état amoureux la rendait plus belle, plus joyeuse et tout le monde en profitait. Elle devait aussi avouer qu’elle aimait ses deux hommes, qu’ils lui apportaient chacun ce qu’ils avaient de meilleur et cela la comblait. Elle voulait à tout prix les garder les deux ! Folle, elle était devenue folle, égoïste et amorale, la belle affaire !Leur liaison dura, années de vie cachée et de mensonges mais aussi années de bonheur et de félicité. Point de routine pour casser l’émotion !
Quand ils s’étaient retrouvés veufs, ils auraient pu enfin vivre leur liaison au grand jour mais elle avait peur de tomber dans cette fameuse routine qui pouvait tout gâcher. Olivier lui disait de penser à eux, rien qu’à eux…comment arriver à lui faire comprendre que c’est bien ce qu’elle faisait mais qu’elle tenait avant tout à conserver cette liberté qui lui était vitale ? A 65 ans, peut-on s’accommoder des habitudes, des manies de l’autre ? Ils étaient amants depuis si longtemps, pouvaient-ils devenir mari et femme ? Elle en doutait, les rôles ne sont pas distribués de la même manière et c’est pour cela qu’elle jouait sur plusieurs tableaux. Comment expliquer à sa fille cet homme surgit de nulle part, leur connivence apparente et leur passé qui ne manquerait pas de surgir à tout instant ? En fait c’était ça le principal problème, ce passé commun si intense.
- Oh ! et puis zut, je n’ai de comptes à rendre à personne, je ne vais pas devenir vieille avant l’heure à cause de ces histoires…demain je vois Sophie, je lui dit que j’ai un ami mais je ne le lui présenterai pas tout de suite. C’est ma vie, pas la sienne ! Comme ça Olivier sera content et nous pourrons enfin faire ce voyage programmé ensemble. Quant à la suite, ben…on verra plus tard, chaque chose en son temps !
13 août 2008
Sois raisonnable! (fin A)
Note: j'ai eu envie de proposer deux "Fin" à cette histoire, voici la première, la deuxième sera pour demain.
Prête à disparaître de la surface
de la terre mais surtout du restaurant où ils mangeaient, elle n’avait pas osé
lever les yeux de son assiette attendant le verdict. Comme son silence se
prolongeait, elle avait relevé la tête pour plonger son regard dans le sien et
ce qu’elle y lisait l’avait comblée : il partageait ses sentiments ! Le
problème, c’est qu’ils étaient mariés tous les deux. Sa femme était malade, il
ne voulait pas l’abandonner, elle comprenait. Ne désirant pas vivre dans
l’ombre, ils s’étaient résolus à ne plus se voir pour éviter la tentation, cela
avait été aussi simple et aussi triste que ça. Les évènements les séparaient à
nouveau. Plus d’une fois, elle avait été tentée de reprendre contact, plusieurs
fois elle avait erré près de son bureau mais sans jamais franchir le pas.
Quand il avait frappé à sa porte
six mois auparavant, elle n’avait pas cru qu’il était réel. Il avait vieilli,
ses cheveux s’étaient raréfiés mais il avait toujours ce charme qui la faisait
craquer. Il était entré pour ne plus repartir, il était libre, elle aussi, ils
avaient perdu assez de temps et avait plein de choses à rattraper. Le peu
d’années qui leur restaient, ils comptaient en profiter un maximum. Bon, ça
c’était la théorie, restait la pratique et son manque de courage face à ses
enfants. Pourquoi n’était-elle pas capable de leur dire qu’elle aimait
Olivier ? Si elle tardait, elle allait le perdre, sa patience était à
bout, elle le sentait mais là, l’horloge biologique ne lui laisserait pas une
autre chance, donc il fallait qu’elle ose. Toute sa vie, elle s’était
préoccupée des autres et des convenances, à 65 ans, elle pouvait se donner le
droit de tout envoyer balader, non ? Et si pour une fois, elle ne pensait
qu’à elle, à son droit d’aimer un homme autre que le père de ses enfants ?
Elle entre dans la cuisine, il
est en train de préparer le souper. Il lui sourit et lui offre un verre de
Chardonnay, il sait qu’elle adore ce goût fruité même si lui préfère des blancs
plus secs. Ils trinquent les yeux dans les yeux.
- Je ne vais pas attendre Noël
pour leur parler de nous, demain j’invite Sophie et Marc au restaurant et je
vais leur expliquer que je vais partir à l’aventure avec toi.
Il pose son verre et la prend par
la taille, la regardant intensément.
- Tu es d’accord pour ce tour d’Europe
en camping-car, rien que nous deux, à l’aventure ? Tu n’as pas peur de la
réaction de tes enfants ?
- Je n’ai jamais rien fait de
tel, j’ai toujours été une bourgeoise coincée qui agissait comme on attendait
d’elle qu’elle agisse, j’ai été une gentille fille, une gentille maman, une
gentille épouse, une gentille collègue, et si j’envoyais tout valdinguer pour
être enfin moi ! A mon âge, qu’ai-je à perdre ? Un jour, quelqu’un m’a dit que j’étais une bohème
refoulée, et si je la découvrais au grand jour, cette femme bohème ? Et tant
pis pour ce que pensent les autres.
Bien entendu, ses enfants la traitèrent de folle et essayèrent de la persuader de renoncer à cette épopée qui n’était plus de son âge. Finalement, voyant qu’il ne servait à rien d’insister, ils avaient renoncé à la dissuader et demandé à rencontrer l’homme qui rendait leur mère cinglée. Sophie, méfiante au départ, était tombée sous le charme d’Olivier et ses enfants avaient adopté ce nouveau grand-père qui les emmenaient découvrir la nature en les ramenant crottés à souhait. Marc gardait une attitude réservée mais ne s’opposait plus à leur projet. Olivier était arrivé un matin avec un bus dernier cri où tout le confort était à portée de main. On a beau être aventuriers, le confort était un plus à ne pas négliger si on en avait les moyens lui avait-il dit le plus sérieusement du monde. Des bicyclettes accrochées à l’arrière, ils étaient partis en septembre, direction l’Italie, son Chianti, ses pâtes et ses gelati.
12 août 2008
Sois raisonnable! (suite)
Emma marche sur la plage, elle a eu besoin de sortir prendre l’air et remettre de l’ordre dans ses pensées. Olivier a raison, il serait temps qu’elle grandisse et qu’elle arrête de se comporter comme une gamine face à Sophie, il ne faudrait pas renverser les rôles ! Olivier et elle, c’est une belle histoire et ses hésitations sont en train de tout détruire. Ils se sont connus au lycée puis perdus de vue comme beaucoup de jeunes, chacun allant son chemin, puis il y a eu ce fameux jour…elle revit ses souvenirs comme un film qui défilerait devant ses yeux.
- C’est vous qui êtes dangereux,
des types comme vous, il faudrait leur retirer le permis, la petite dame a eu
raison, j’aurais fait de même et pire si je ne me retenais pas.
L’homme, étonnamment, était
remonté dans sa voiture et était parti laissant Emma éberluée de s’en tirer à
si bon compte. Une place se libérant, elle avait parqué sa voiture et s’était
affalée sur une chaise de la terrasse d’un café, les jambes encore flageolantes
- Tu n’as pas changé, toujours la
même, fougueuse et impétueuse !
Elle s’était tournée vers la
personne qui avait prononcé ces paroles.
- Olivier, toi !
Et c’est ainsi que leur histoire
avait débuté, par une rencontre fortuite. Ils s’étaient revus pour des lunchs,
avaient partagé idées et lectures et leur amitié, mise en veilleuse pendant 30
ans, s’était ravivée. Insidieusement, des sentiments différents s’étaient
glissés dans sa tête et son cœur. Elle avait commencé à attendre des signes, à
guetter son nom dans la messagerie, à vouloir entendre sa voix, à se demander
le matin s’il aimerait sa tenue, bref, elle tombait amoureuse. Honteuse d’un
tel sentiment à son âge et dans sa situation, elle le cachait à tout le monde
et surtout à lui jusqu’au jour où elle ne sait pourquoi, elle le lui avait dit.
Crac d’un coup, elle avait prononcé les paroles qui l’étouffaient ! Ouf,
quel bien cela lui avait fait mais vu la tête qu’il avait tiré, elle s’en
mordait déjà les doigts se traitant de folle, de midinette sur le tard et de
veille croûte qui fantasmait.
11 août 2008
Sois raisonnable!
- Je te remercie ma chérie mais
je dois refuser.
Sophie se lève d’un bond et
explose.
- Mais sois raisonnable, tu ne
peux rester ici toute seule, ta santé est fragile, la maison est trop grande
pour toi et isolée du village, chez nous tu y seras bien, au chaud et sans
soucis.
- Oui mais je serais chez vous et
je ne veux pas m’imposer.
- Mais tu ne t’imposes pas maman,
c’est moi qui aimerais t’avoir à mes côtés, j’ai peur de te laisser.
Sophie revient s’assoir vers sa
mère, entoure ses épaules et pose sa tête contre son cou.
- Tu sais, depuis que papa est
mort, je pense souvent à toi, tu ne t’ennuies pas ici, sans personne ?
Emma prend la main de sa fille et
la serre en un geste apaisant mais ses pensées volent ailleurs. Non, elle ne
s’ennuie pas mais comment lui dire, elle ne comprendrait pas. Elle peut à
loisir vivre ce présent qu’elle n’était pas en mesure de vivre avant, ce qui ne
serait plus le cas chez Sophie. Elle se tourne vers sa fille.
- Nous verrons à Noël, vous
viendrez le fêter ici comme toutes les années et nous en discuterons à nouveau.
Sophie sait qu’il ne sert à rien
de discuter avec sa mère mais au moins il y a une lueur d’espoir avec une date
butoir, c’est mieux que rien. Avec un soupir, elle rassemble ses affaires et se
prépare à partir. Elles s’embrassent sur le pas de porte et Emma lui fait signe
de la main jusqu’à ce qu’elle disparaisse au volant de sa voiture. Elle referme la porte et se dirige vers le
bureau.
- C’est bon, je peux à nouveau
vivre au grand jour ? questionne une voix dont le courroux est
perceptible.
Elle soupire et enveloppe de ses
bras les épaules de cet homme qu’elle aime tant, depuis si longtemps.
- Ne soit pas amère, ne m’en veut
pas, je ne sais comment aborder le sujet avec elle, j’ai peur de son jugement.
- Est-ce si difficile de lui dire
que nous nous aimons, que même à nos âges, l’amour peut être présent, que nous
avons attendu si longtemps avant de pouvoir le faire au grand jour et pourtant tu
me caches, comme si j’étais un pestiféré…
- Dire à sa fille qu’on a un
amant n’est pas facile. Pour elle je ne pouvais aimer qu’un homme, son père.
Savoir qu’il a un remplaçant à peine quelques mois après son décès serait pour
elle indécent.
- Justement, nous avons attendu
toute une vie, il ne nous reste que peu de temps Emma, vivons-le sans nous
préoccuper des autres, pour une fois pensons à nous, rien qu’à nous !
08 août 2008
Bégonias et babas au rhum (fin)
Le 31 juillet, elle ne vint pas, il l’avait attendue tout l’après-midi mais elle ne s’était pas montrée. Il avait bien essayé de lorgner par le jardin, cherchant à détecter sa silhouette à travers les fenêtres de la maison, mais rien. Bien sûr, elle n’était pas obligée de venir, elle pouvait avoir autre chose à faire ou elle avait peut-être dû retourner chez elle mais elle le lui aurait dit…Il trouvait bizarre qu’elle le quitte sans explications. Il réalisait qu’il s’était attaché à ce petit rayon de soleil et qu’elle lui manquait.
Alors qu’il revenait de ses
courses, il croisa Madame Martin. Il mourrait d’envie de lui poser la question
mais une sorte de pudeur l’en empêchait. Ce fut elle qui s’arrêta à sa hauteur.
- Monsieur Marcel, je ne vous ai
jamais remerciée pour le magnifique bégonia, il est de toute beauté.
- Oh ! ce n’est rien, la
petite avait l’air d’être tellement ravie.
A ces mots, Madame Martin pâlit.
- La petite dites-vous, quelle
petite ?
- Mais…Maude, votre
petite-fille…car c’est bien votre petite-fille.
« Mon Dieu ! » s’exclama
la dame, puis après un moment de silence « Monsieur Marcel, puis-je vous
parler ? ».
Sentant que quelque chose de
grave se préparait, Monsieur Marcel, mal à l’aide acquiesça. Elle proposa
d’aller chez elle et le reçut dans un salon où photos et souvenirs prenaient
toute la place. Alors qu’elle s’était absentée pour chercher des
rafraichissements, il étudia les photos et en trouva plusieurs de Maude. Il en
choisit une, celle où l’enfant posait au milieu d’un champ de fleurs.
- Vous avez raison, c’est la plus
jolie, la plus tendre, celle qui met en valeur ce si beau sourire qu’elle
avait.
Marcel se retourna.
- Avait ?
- Ma petite-fille est morte il y
a de cela 10 ans exactement aujourd’hui, je revenais du cimetière quand je vous
ai rencontré.
Marcel tombe littéralement dans
le fauteuil, effondré et pâle, sous le coup de ce qu’il vient d’entendre. Dans
un murmure il demande.
- Mais alors, j’aurais rencontré…
Il n’ose poursuivre.
- Son fantôme ? Oui, mais
vous n’êtes pas le seul à avoir le privilège de sa visite.
- Pardon, que me dites-vous là ?
- Maude vient me visiter de temps
en temps, quand je suis trop triste et repart quand je vais mieux. Elle a dû
faire la même chose pour vous …mais vous êtes bien le premier à avoir eu ce
privilège.
A ces mots, Marcel manque de s’étouffer.
Madame Martin pose une main sur son épaule et poursuit.
- Nous avons des anges avec nous,
des petits êtres qui nous protègent mais il faut le croire et nous ne sommes
pas dans un monde où ce genre de croyance passe. Moi j’y crois et j’en ai eu
souvent la preuve. Vous n’êtes pas obligé de faire comme moi mais je pense que
si Maude vous a pris sous sa protection, c’est que vous en aviez besoin. Ne
vous a-t-elle pas apporté du bonheur, quelque chose que vous n’aviez pas avant,
vous a-t-elle empêché de commettre une bêtise ?
Des larmes coulent sur les joues de Marcel, il pense à lui, à sa vie et à ce qu’il allait en faire…Ils restent tous deux silencieux et finalement, Marcel pose sa main sur celle de Mme Martin, lève les yeux et son regard plonge dans le sien. Ils se sourient.
Remarque: Lidia, cette fin m'a été inspirée par un de tes derniers textes: L'ange. Merci.
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