Elle avait une femme de ménage, non pour faire le ménage, mais pour soulager sa conscience. Elle trouvait que son mari et elle gagnaient beaucoup trop d’argent et qu’elle devait aider « la classe ouvrière », comme elle le disait à certaines de ses amies. Alors, quand la femme de ménage arrivait, elle lui donnait ses chaussons et lui disait.

-          Bon, Maria, asseyez-vous et je vous apporte votre thé habituel ou un chocolat, si vous voulez.

Maria trouvait ça très étrange, mais elle ne se plaignait pas ; trois heures à bavarder dans la cuisine avec Madame, c’était une aubaine que nulle patronne ne lui avait accordé jusqu’à présent.

Et toutes les deux parlaient et parlaient, surtout Maria à qui il arrivait tellement d’histoires invraisemblables chez ces autres patronnes que Madame  se faisait un plaisir de l’écouter et de lui donner des conseils. Car en matière de « patronnes », elle en connaissait un rayon, Madame. La plupart de ses amies avaient des femmes de ménage qu’elles n’hésitaient pas à exploiter. Madame pouvait ainsi se dire qu’elle, au moins, elle travaillait pour en finir avec l’exploitation des travailleurs.

Et quand Maria partait avec son chèque, après trois heures de conversation avec thé et petits gâteaux, elle disait à Madame.

-          Ah Madame, vous êtes une bonne patronne, vous.

Et Madame souriait, disait «  à la semaine prochaine Maria », et elle allait gaillardement faire les trois heures de ménage que Maria auraient dû faire elle-même.

 

PS : prochain texte, vendredi.