Je m’efface petit à petit. Il y a deux mois un de mes doigts a disparu, quinze jours plus tard c’était la main gauche, il y a un mois l’avant-bras gauche, dans quinze jours ce sera peut-être une jambe…  Les miroirs renvoient de moi une image amputée. Pourtant les autres, eux, me voient comme avant.

La semaine dernière je suis allée chez l’ophtalmologiste, il m’a dit que tout allait bien.

-          10 à chaque œil, a-t-il signalé d’un air satisfait, à 40 ans, c’est rare.

Ce n’est donc pas un problème de vue. C’est autre chose, mais quoi ? J’ai demandé à mon médecin l’adresse d’un psychiatre. Je l’ai vu hier.

Quand il m’a fait entrer dans son cabinet, j’étais épuisé. Dès que je me suis assis, j’ai sangloté. Il m’a tendu un mouchoir en papier, m’a souri et il m’a écouté sans m’interrompre. Au bout de 25 minutes, il m’a donné une ordonnance en précisant.

-          Vous souffrez d’un syndrome assez rare. Tellement rare qu’on ne lui a pas encore donné de nom.  Revenez me voir la semaine prochaine à la même heure, on en reparlera.

J’ai voulu lui poser une question mais il m’a gentiment poussé vers la porte de son cabinet et je me suis retrouvé rapidement dans le couloir.

J’ai dû attendre l’ascenseur qui s’est arrêté juste à cet étage. Une femme en est sortie, ma mère ! Mon sang n’a fait qu’un tour.

-          Mais qu’est-ce que tu fais ici ?

-          Et toi ?

-          La même chose que toi, on dirait.

-          Eh bien voilà ! Excuse-moi, je suis en retard, et je n’aime pas ça, tu le sais bien.

Elle a sonné et elle est entrée dans le cabinet du psychiatre. Merde, me suis-je dit, est-ce qu’on voit un psychiatre de mère en fils ?