Il était assis au fond de la classe, le corps avachi sur sa chaise. Le week-end avait dû être difficile ! Au moment où le professeur commença à écrire au tableau, l’élève leva le doigt.

-          Monsieur, je vois rien.

Le professeur lui répondit.

-          Viens devant, Charles, il y a de la place au premier rang.

Charles réfléchit un instant puis conclut.

-          Ça y’est monsieur, je vois.

-          Quand je pense qu’il y en a qui recouvrent la vue avec moi ! Grâce à toi, je vais finir par me prendre pour Jésus !

Charles sourit et resta assis au dernier rang. Le cours continua.  Charles n’écrivit rien de rien et son cahier avait été fermé bien avant la sonnerie.

Avant de sortir, il dit au professeur.

-          C’est pas votre cours monsieur mais j’aime pas l’école.

-          Et qu’est-ce que tu aimes ?

-          Rêver.

-          A quoi ?

-          A rien. C’est pour ça que tout à l’heure je vous disais « Je vois rien ».

-          C’est pas banal, dit le professeur en souriant.

-          Rien est loin d’être banal, monsieur.

-          Ah. Eh bien si tu m’écrivais quelque chose sur Rien, ça me ferait plaisir Charles. Tu me rends ça demain ?

Il quitta le lycée à 16 h et rentra chez lui à 17 h, épuisé. Quand sa femme revint du travail à 18 h, le voyant rêveur assis sur le fauteuil, elle lui demanda.

-          Tu penses à quoi ?

-          A rien.

-          Et après rien ?

-          Je sais pas, je crois que ma vie est un long fleuve de rien que je dois suivre avant qu’il se jette dans la mer ; et il est long ce fleuve, très long ; je ne sais pas si je vais y arriver.

Ils se couchèrent à 23 heures, et sa dernière parole avant de s’endormir fut la suivante : « Pour ne pas être déçu par les gens, ne rien attendre d’eux ! »

Le visage de sa femme pâlit, et elle, rien ne lui fit fermer l’œil de la nuit !