- Hortense, ne me laisse pas seul. J’ai besoin de toi !

J’ai prononcé ces mots en pleurant et en criant ; je suis sûr que n’importe quelle personne normalement constituée aurait éprouvé de la compassion, mais pas elle. Dédaigneuse, elle a jeté un regard vers moi, du haut de sa fenêtre du premier étage, et elle a hurlé : « Confinement ! ».

Au moment où j’allais partir, un policier m’a demandé mon attestation. « J’en ai pas », ai-je dit le visage livide. Il m’a demandé où j’habitais et hélas, j’habite très loin de chez Hortense. J’ai dû payer 135 euros.

J’ai fait une poussée de fièvre juste en rentrant chez moi. J’ai pris le thermomètre. Il frôlait les 40° ! J’ai appelé le 116-117, comme on nous l’avait dit au journal de 20 h, mais rien, personne ne répondait.

Tout le monde m’abandonnait, tout le monde, et surtout Hortense car elle ne répondait pas aux SMS que je lui envoyais. Le dernier disait : Tu  t’appelles pas Hortense, car tu  viens pas d’un jardin ! Ta mère devait s’appeler Corona et peut-être que toi aussi.

J’ai ensuite regretté de lui avoir envoyé ce message.

Putain de vie, me suis-je dit à voix haute, que des regrets et jamais, jamais, une étincelle de bonheur.

Ensuite, je me suis mis au lit, j’ai dormi, et le monde a changé…