Tous les jours, elle avait l’angoisse d’être angoissée, surtout depuis qu'elle avait quitté son pays natal, le Mexique.

Il aurait fallu qu’elle apprenne à se désangoisser. Mais elle n’avait jamais trouvé de stage pour ça. Un de ses amis français lui avait dit.

-          Tu sais, Isabela, ces stages là, ça n’existe pas. Il n’y a qu’un truc à faire : changer d’ennemi.

-          Tu te moques de moi ?

-          Pas du tout, au lieu d’être ton propre ennemi, tu t’en choisis un autre. Tiens, par exemple, choisis M.Mac

-          M. Mac, c’est qui ?

-          Notre président.

-          Le tien, mais pas le mien, je suis mexicaine.

-          Pas grave. Et en plus, tu nous rendras service, à nous, Français.

Elle sourit.

-          D’accord, mais je ne suis pas sûre que « los brujos de Catamaco  " puissent nous soutenir.

-          Catamaco ?

-          Oui, le lieu où les sorciers jettent des sorts contre les gens qui nous veulent du mal.

-          Pas grave. On essaie quand même. Si ça marche, je te paie 10 séances chez le psy. Tu verras, c’est pas mal aussi le psy, peut-être mieux que les sorciers.

Elle éclata de rire et conclut : « Me gustan mucho los Franceses e claro, tu principalmente ! »

Il embrassa sa jolie bouche rouge, aussi rouge que les cerises de son arbre préféré ; et ce fut la première nuit qu’ils passèrent ensemble, entre rêve et ciel, dans un champ où les hautes herbes avaient caché les épis d'angoisse.