20151129_144424



Il lui avait dit qu'il s'appelait Fernando Pessoa. Bien sûr, elle ne l'avait pas cru, Fernando était mort en 1935 et on était en 2019.


- Je vois que vous ne croyez pas en la résurrection ! Ajouta-t-il.


Elle sourit et répondit.


- A mon âge, on ne croit plus en grand chose et on essaie de vivre le moment présent.
- Vous avez tort. Il faut croire en l'ordre naturelle des choses.

Elle se tut. Vu la tenue qui était la sienne, son visage parcheminé et le sac qu'il tenait à ses côtés, il lui donnait plutôt l'impression d'être un SDF au bout du rouleau.

- Tenez, voici dix euros, ça suffit pour vous aider à retourner chez-vous, à Lisbonne, Monsieur Pessoa ?
- Vous êtes charmante. Ecoutez donc ce que j'ai écrit ce matin-même :


" l'action est une maladie de la pensée, un cancer de l'imagination. Agir c'est s'exiler. Toute action est incomplète et imparfaite."


- Très beau, vraiment. Et si vous appeliez votre livre à venir "le livre de l'intranquillité" ?
- J'adore. Votre idée fera partie de mon voyage intérieur.

Il se séparèrent et au moment du départ, elle se rendit compte que le regard de l'homme semblait atteindre les profondeurs d'une folie intérieure. Fernando Pessoa avait-il été fou, lui aussi ?