La semaine dernière, lors d'un voyage d'affaire,  il avait partagé une chambre d’hôtel avec un collègue  qui n’avait pu s’empêcher de s’excuser des dizaines de fois :  au coucher, au lever, en fermant les volets, en les ouvrant, en allant aux toilettes ou en  en sortant… Il avait aussi éprouvé le besoin de se justifier minutieusement sur la gestion de la penderie, le tic tac du réveil, la lumière. Il était dévoré par les excuses.

Le lendemain matin, au petit déjeuner, il s’était dirigé vers la table où son collègue était  déjà installé et il lui avait dit.

-          Excuse-moi d’arriver si tard, mais j’ai passé une nuit difficile.

-          Mon pauvre.

-          A cause de toi, d’ailleurs : tu t’excuses trop !

-          Moi ?

-          Oui, toi. Tu t’es excusé au moins 30 fois avant de dormir, sans parler des ronflements.

Son collègue lui a juste dit « je suis désolé, excuse-moi. ». A ce moment-là, il a failli lui demander s’il avait déjà réfléchi à ces excuses quotidiennes, mais il n’en a pas eu besoin car son collègue a conclu.

-          Quand on a eu une mère qui souffre de pathologie obsessionnelle, il y a deux solutions : le suicide ou les excuses. J’ai essayé le suicide, ça n’a pas marché, alors j’ai choisi les excuses !

Ensuite ils se sont tus, l’un comme l’autre, et ont bu leur café.

Il y a des silences qui valent mieux que de vaines paroles…