La semaine dernière, j’ai appelé un ami à son bureau. Cela faisait un an que je devais lui téléphoner et que je remettais toujours au lendemain.

-          Pourriez-vous me passer Arthur Dumont s’il vous plaît ? ai-je demandé au standard.

La fille a hésité un instant puis a fini par dire :

-          Il est mort.

Elle m’aurait planté un poignard en plein cœur que ce n’aurait pas été pire.

-          Mort, ai-je répété comme un idiot, mais ce n’est pas possible !

-          Oui, mort et on l’a même incinéré il y a une semaine, a-t-elle cru bon d’ajouter.

J’ai bêtement répondu « Merci » et puis j’ai raccroché. Ensuite je me suis morigéné intérieurement ; pourquoi avais-je attendu si longtemps pour appeler Arthur ? J’ai passé ma journée à me morfondre et puis avant de m’endormir, je me suis souvenu de la raison de mon silence : non seulement il avait flirté avec ma femme lors de notre dernier repas chez lui – un an plus tôt – mais ensuite il avait couché avec elle. Une fois, certes, mais une fois qui avait plu à ma femme puisqu’elle m’avait dit qu’Arthur était en forme.

Être en forme, pour elle, veut dire avoir de l’énergie, énergie que je n’ai plus moi-même. Il faut dire que mes hémorroïdes me rendent la vie dure et je préfère investir mon énergie au travail.

Caroline, elle, préfère le sexe au travail. Souvent elle me dit.

-          Franchement mon chéri, à mon âge, j’en profite. Tu m’excuseras de ne pas avoir les mêmes goûts que toi.

Comme Caroline était aux Etats Unis avec notre fille, je me suis dit qu’il était inutile de l’appeler. J’essaierais de joindre la femme d’Arthur le lendemain.

J’ai passé une nuit abominable et je me suis réveillé le visage blême. Je n’ai pas eu besoin d’appeler la femme d’Arthur, c’est elle qui m’a appelé. Je lui ai dit que j’avais appris la nouvelle hier, en téléphonant à son travail, et je n’ai rien pu ajouter car j’ai pleuré.

Sa femme a attendu que j’aille mieux et m’a dit.

-          Arthur m’avait dit de s’excuser auprès de toi.

-          S’excuser, mais de quoi ?

-          D’avoir couché avec ta femme.

-          Oh, tu sais, ce n’est pas très grave, ai-je menti.

-          Quand même. Arthur t’aimait bien et il s’en est voulu.

-          Et toi, lui ai-je dit, comment as-tu vécu la chose ?

-          On s’habitue, a-t-elle ajouté. De toute façon, maintenant, il est parti. D’ailleurs, le jour où il a couché avec ta femme, il savait qu’il ne lui restait plus qu’un an à vivre.

-          Je comprends.

-          Dis-moi, tu es libre demain soir ? Je veux dire toi, toi tout seul.

-          Eh bien oui, car Caroline est partie aux Etats Unis.

-          Parfait. Viens manger à la maison. On parlera du bon vieux temps.

 J’ai accepté, bien sûr, mais je dois dire que son invitation m’a paru étrange. Pourquoi m’inviter aussitôt après la mort d’Arthur? Nous nous connaissions assez peu.

Je dois dire que cette soirée, je ne l’ai pas regrettée, car depuis, j’ai repris le goût au sexe, mais pas avec Caroline…

 

PS : prochain texte, lundi 3 juin.