Mado, de passage sur Presque-voix.

Petit(s) signe(s) de Mado (Photo et texte)

 

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Signes particuliers

 

Elle s’était d’abord crue trop «  normale », terme péjoratif dans sa petite tête d’alors. Puis, elle comprit que c’était d’insignifiance qu’elle souffrait, dénuée de ces traits distinctifs qui  en  rendaient d’autres remarquables à ses yeux. Dès lors, elle s’évertua à  s’approprier le moindre signe jugé original, pour l‘expérimenter.

Elle fut d’abord fascinée par une camarade au menton en galoche. Si bien qu’elle prit l’habitude d’avancer la mâchoire inférieure pour signaler sa singularité. En découvrant le strabisme, elle s’entraina à loucher. Elle repéra aussi divers tics, et leur trouva un certain chic. Ainsi, un temps, elle s’appliqua à imiter le balancement habile d’une élève sur sa chaise, jambes méthodiquement entrelacées. Cligner des yeux l’occupa quelque temps. Elle traversa ensuite une période « Ouiiich… ! » et s’acharna à emprunter divers accents insolites. Surtout, elle épia avec délice l’art des rongeurs d’ongles dont chacun exploitait une facette avec un talent tout personnel - une longue période d’apprentissage jouissif !

Les meilleurs succès de laboratoire avaient été ceux de son enfance. Mais bien sûr l’adolescence lui fournit-elle son lot d’expériences - avant qu’elle n’en saisisse, car elle avait mûri, le caractère grégaire : mouvement de tête désinvolte pour rejeter une mèche de cheveux, démarche mannequine et regard félin volés à la publicité, etc… Devenue plus velléitaire avec l’âge, elle finit par se prétendre peu douée pour la singerie. Elle cessa donc de copier les autres et en prit son parti : elle resterait transparente. Elle le resta un bon moment.

Et puis sur le tard, sans le vouloir, elle réalisa sa  propre palette  de TOC : sautiller avant de franchir certaines portes ; essayer de joindre les malléoles en marchant ; toquer de l’ongle les murs, … On se mit à la voir, enfin. A la regarder. C’était trop tard… Accoutumée depuis tant d’années à n’être personne, elle allait, indifférente à ceux qui la montraient d’un  doigt quelquefois  pointé  avant sur la tempe.

Elle ne remarquait même pas les gesticulations des enfants qui rivalisaient d’astuces pour la plagier au plus près. Peut-être en aurait-elle souri…