Tous les jours il restait en arrêt devant la boutique aux soutiens-gorges. Il ne faisait de mal à personne, et surtout pas à elles, puisqu’il leur épargnait sa présence en chair et en os.

Elle aussi restait en arrêt devant la boutique aux soutiens-gorges. Elle le faisait pour se choisir l’objet qu’un jour elle aurait le courage d’acheter. Elle se trouvait grosse et moche, et ces "joyaux" n’étaient pas pour elle.

Ils se regardèrent l’un l’autre un mardi en début d’après-midi, et ils se sourirent, allez savoir pourquoi. Sans doute parce qu’ils cherchaient tous deux la perle rare. Il n’osa rien lui dire, comme il se doit, mais elle fit un pas vers lui. C’était le premier homme qui la regardait vraiment.

Elle lui demanda spontanément – et elle en fut elle-même surprise - s’il voulait de l’aide. Il rougit. Elle aussi.

-          Je m'occupe de ce qui ne me regarde pas, excusez-moi, dit-elle.

-          Mais non, au contraire, c’est gentil de votre part. Je me demandais ce qui pouvait lui plaire.

Elle n’hésita pas un instant et répondit.

-          Je ne la connais pas, mais je pense que cette couleur crème et ces dentelles lui iraient comme un gant.

Il l’observa un instant et ajouta.

-          Vous avez raison, mais j’attendrai un peu car j’ai toujours besoin de réfléchir deux fois lorsque j’achète quelque chose.

-          Vous n’êtes pas le seul. Voyez, moi, c’est la dixième fois que je passe devant cette boutique et je n’ai toujours rien acheté par peur de mal choisir.

-          Le soutien-gorge que vous me conseilliez d’acheter pour elle vous irait très bien, ajouta-t-il le visage cramoisi. Bonne journée et merci de vos conseils.

Elle le regarda partir les épaules voutées, sans doute troublé de ce qu’il avait osé lui dire. Une minute plus tard elle le suivit. Arrivée non loin de lui, elle cria.

-          Attendez, attendez !

Et il l’attendit.