Il l’avait reçue rapidement, suite au livre qu’elle lui avait envoyé. Elle ne le connaissait pas, ou peu, c’était l’ami d’un ami qu’elle avait rencontré lors d’un dîner. On l’avait assise – elle,  l’âme seule -  à côté de lui et ils avaient parlé littérature. Il était éditeur, elle souhaitait publier afin de fuir un travail qui l’épuisait.

Lorsqu’il l’avait reçue dans son bureau, un mois plus tard, il lui avait dit.

-          Pour faire rire, il me semble qu’il faut être capable de rire de soi, ne croyez-vous pas ? C’est ainsi qu’on voit si ce qu’on écrit est à hauteur humaine.

Elle n’avait rien répondu et il avait continué.

-          Il me semble, je me trompe peut-être car je ne vous ai vue qu’une fois et lue qu’une fois, qu’il vous manque encore ce petit élan qui permet de sortir de ce qui nous tourmente et nous enferme.

-          Si je comprends bien, vous trouvez que ce que j’écris est ennuyeux ?

-          Non, mais votre roman est à travailler et retravailler afin qu'il respire mieux.

Sa dernière remarque faisait couler en elle une rivière de larmes et elle savait que rapidement, cette rivière inonderait son bureau. Elle se leva et répliqua, avant de fermer la porte.

-          Merci de vos conseils. Par ailleurs, n'y aura-t-il qu'un humour, le vôtre ?

Il préféra se taire. Il aurait certes pu être cruel et ajouter que son roman l'avait  ennuyé à mourir.

Ecrire, certes, mais quoi et comment ? pensa-t-il intérieurement.