Cette fois-ci, Caro propose pour notre duo un extrait de poème de Guillevic et un extrait de roman de Carla Guelfenbein, « Le reste est silence », chacune s’en servira comme elle le souhaitera.

Après le texte de Caro, il y a deux jours, voici le mien.

Les deux extraits sont les suivants :

 « Je t’ai cherchée

 dans tous les regards

Et dans l’absence de regards… »

 Guillevic

 

Quand vient le temps de la séduction, c'est incroyable de voir jusqu'à quel point notre capacité d'analyse du comportement de l'autre se ramène à deux lectures uniquement : l'une qui nous pousse à avancer l'autre à reculer.

-Carla Guelfenbein, Le reste est silence

 

Vivre

 

A chaque fois qu’il arrivait en retard à un rendez-vous, pour s'excuser, il choisissait Guillevic et commençait ainsi sa phrase:

« Je t’ai cherchée dans tous les regards Et dans l’absence de regards… »

Bien sûr il exaspérait Sophie – la dernière sur la liste de ses conquêtes. Elle avait rapidement compris qu’il était en boucle, comme le hamster dans sa roue.

Il  avait précisé qu’il aimait la poésie et avait ajouté, par honnêteté.

- Les poèmes m'ont servi à mentir, dès l'enfance.

Séduction et illusion étaient les deux maîtresses de cœur de cet homme qui avait pour prénom Nathanaël. Sophie n’était que sa troisième maîtresse, celle du corps, et parfois le corps vogue loin du coeur.

Pour survivre, Sophie mit en place un jeu à deux temps où les verbes « avancer » et « reculer » ouvraient la danse qui ne tarda pas à mettre en place un troisième temps, celui de la séparation.

Sans doute est-ce ainsi que la valse de la vie prend son envol afin de quitter  un chemin trompeusement appelé « Amour »…