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La première fois qu’elle avait vu le zèbre c’était à l’intérieur d’une boutique de meubles. Elle avait été séduite : quelle élégance, quel profil, quelle beauté. Il était si différent d’elle.

Ils s’étaient rencontrés face à un lit deux places qui lui avait donné envie de s’allonger immédiatement. Elle avait ri quand il lui avait dit.

-          C’est tentant, mais il vaut mieux ne pas fabuler.

-          Mais vous, on croirait que vous sortez d’une fable ?

-          Erreur, petite madame, il faut prendre garde aux interprétations.

Leur discours s’était sans doute égaré car à un moment donné, il lui avait dit en souriant.

-          Nous avons le pouvoir de l’histoire que nous nous racontons à nous-mêmes.

-          Eh bien continuons alors, lui avait-elle dit, car votre présence fait entrer en moi  un bien être et une douceur que je n’avais pas ressentis depuis longtemps.

Il n’avait rien répondu et elle avait continué.

-          Vos zébrures sont de toute beauté.

-          Vous me draguez ?

-          Non, bien sûr, je suis mariée.

-          Dommage.

Pourquoi lui avait-elle menti ? Ce zèbre décidément l’intriguait. De quel pays venait-il et que symbolisait-il dans le monde qui était le sien ? Il avait conclu.

-          Je dois partir. Le travail m’attend. Sans doute nous reverrons-nous un jour ?

Sa déception était à la mesure de son désir, mais elle était sage et prude, comme les femmes qui attendent que le désir de l’autre se manifeste afin de  faire connaître le leur.

La dernière fois qu’elle l’avait vu - un mois plus tard  - c’était dans la vitrine d’une boutique, rue des Bons-enfants. Elle lui avait fait un signe de la main et un sourire, mais il l’avait ignorée, sans doute bouffi de ce costume qui lui donnait la dignité des hommes de pouvoir.

Elle partit immédiatement, vexée par cet oubli, le cœur chagriné et les yeux noircis de larmes. Adieu le zèbre, adieu l’amour, bonjour tristesse, chanta-t-elle le cœur aigri.

 

PS : photo prise rue des Bons-enfants à Rouen