Après le texte de Mado, voici le mien. Toujours Rossini, et toujours le duo des chats.

 

 

Duo or not duo

 

En quittant la fête à laquelle ils avaient été invités, il lui avait dit.

-          J’en ai marre de ce duo de cons !

-          Lequel ?

-          Le nôtre.

Elle se tut.

-          Pas grave, murmura-t-elle, habituée à ses colères soudaines.

-          Quoi, pas grave, réagit il. Mais si, c’est très grave, parce que maintenant, quand je t’entends chanter je ne peux plus jouer de piano pour la seule raison que je ne supporte plus ta voix parlée.

Ce type était un obsessionnel de première. Elle ajouta tout de même en souriant.

-          Mais nous pouvons ne plus vivre ensemble et continuer notre duo piano et voix, non ?

Son silence dura  deux minutes. Il  sortit un calepin de son sac à dos, il prit ses lunettes, les chaussa et commença sa lecture :

«  Le jeu de l’Auguste et du clown blanc me rend malade. Je ne veux être ni Laurel, ni Hardy, ni Sancho Pança ni Don Quichotte. Je ne veux ni tragédie, ni comédie, ni pleurs, ni rires, ni enfants, ni beaux-parents, ni soprane, ni voix. J’ai décidé que c’était la scène finale. Rideau. »

Il ferma son calepin et le remit dans son sac à dos en laissant ses lunettes sur les yeux. Aussitôt elle applaudit.

-          Bravo, bravissimo maestro. Un soliste et un seul c’est bien mieux. L’emmerdeuse ne va plus te sucer ton sang afin que ta brillante carrière s’épanouisse. Peu importe d’ailleurs, je trouverai un autre pianiste mais cette fois-ci, j’éviterai de vivre avec lui.

-          Alors tu t’en fous !

-          Déménage au plus vite, ce sera mieux pour moi. Et surtout n'oublie pas que le piano est à moi, c’est un cadeau de mes parents. Et d'ailleurs, ce soir, je ne rentrerai pas, je vais dormir chez Alice.

-          Alice ? La pianiste qui vit au pays des merveilles ?

-          Celle-là même, pourquoi ?

Il ne répondit pas. Il détestait tout chez Alice, sa joie, la façon dont elle attaquait l’instrument, ses longues mains blanches à la souplesse déconcertante et surtout, sa complicité avec Marie. Mais il était trop tard. Il ne pouvait plus faire marche arrière.

En rentrant, il lui revint à l'esprit que c’était la troisième fois qu’il se séparait d’une  soprane. Mais que ne supportait-il pas chez elles ? Etait-ce leurs aigus troublants qui lui rappelaient ceux de sa mère - soprane elle-même - ou les cris qui  accompagnaient encore le duo que ses parents formaient ? Un duo que les années n'avaient en rien perfectionné...

 

PS : prochain texte mardi 12 mars