Voici une photo, croquis main gauche, de Mado. Aujourd'hui vous pouvez lire son texte, le mien sera en ligne le 31 janvier.

 

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Dessein contrarié

 

J’aime bien   passer  l’heure du déjeuner dans le square. Une trouée de soleil, des oiseaux bavards, les gens qui partagent le début du printemps… Depuis quelques jours,  je réveille  le vieux carnet à spirales qui hibernait  au fond de mon sac ; retenir de  fines  traces d’éphémère… griffonner  un nuage, un arbre, les accents d’une allure…

Mon attention  vient  d’accrocher une silhouette de vieil adolescent dégingandé qui se déplace  avec  nonchalance. Il  s’affale  sur un fauteuil en face de moi, de l’autre côté du bassin, s’abandonne dans une attitude singulière  qui me rappelle vaguement  quelque chose-  personnage de BD, de film?  Vite,  croquer  la posture avant qu’il bouge ! J’affûte mon  regard ;  c’est lui qui doit besogner, capter la ligne du corps, les vides, les volumes… Le crayon affranchi n’aura plus qu’à  se défouler.

Premier coup d’œil machinal et   je sursaute, le poignet en suspens au-dessus de  mon ébauche : sur le papier, rien qu’un pâle filet gris, un semblant d’homme qui lévite… Mais surtout, il est  nu.

Qu’est-ce qui se passe? Je me suis endormie  sans doute. Je  rêve et je vais me réveiller … Je relève la tête. L’homme immobile, absorbé par le miroir de l’eau paraît presque irréel.  Mais il est  bel et bien habillé ! C’est que  je deviens folle…

Soudain, mon cœur se met à cogner, goguenard: « Yannis…l’atelier… ta main qui tremblote…tes dessins brouillons…toujours  inaboutis…Tu n’avais jamais été troublée par la nudité d’un modèle. Mais…tu es tombée amoureuse de Yannis ...Tu osais à peine le regarder ! ».  Oui, par peur de  me trahir. J’étais si jeune … Alors J’avais déserté l’atelier sans aucune explication. Je ne m’étais plus jamais  inscrite à aucun  cours.  Restée  cette  éternelle débutante …

L’homme en face  est sorti de sa torpeur. Il se déplie lentement, s’étire. Il a dû se sentir observé car  son regard semble chercher le mien,  et le rencontre. Puis il se lève. Je l’aperçois qui  emprunte l’allée et  se dirige vers moi…