Je me suis installée à une place isolée dans la salle de cinéma, prête à apprécier le film « En liberté », de Salvadori  dont on m’avait dit le plus grand bien. Juste avant que  les lumières ne s’éteignent, un couple arrive, sans doute le même âge que moi. Sauvée par ma sacoche et mon sac à dos – la salle est grande et le public peu nombreux – j’échappe à la présence d’une voisine immédiate.

Le film commence et, après cinq minutes, une scène me fait particulièrement rire. Deux minutes plus tard, même chose. A ce moment-là, ma voisine me dit, d’une voix agacée,  que je ris trop fort. Je lui réponds que la salle est si vaste qu’elle devrait s’asseoir très loin de moi pour ne plus m’entendre rire.

Soudain, j’entends son compagnon éclater de rire et là, désinhibition oblige – une conséquence de mon traumatisme crânien du 25 mai – je ne peux m’empêcher de signaler à ma voisine qu’elle devrait aussi dire à son compagnon d’arrêter de rire, ne la dérange-t-il pas ?

Sa réplique est immédiate.

-          Mais vous êtes complètement folle !

Ce à quoi je réponds aussitôt.

-          Je suis peut-être folle, mais vous, vous avez un sérieux grain, sachez-le.

Son compagnon lui demande de se taire et, après avoir répété que j’étais folle – ce que je ne nie pas -  elle fait silence.

Pas une seule fois elle n’a ri pendant tout le film. Quant à moi, j’ai poursuivi ma route du rire avec grand plaisir, sans plus penser à elle.

A la fin du film, quand les lumières se sont allumées, je leur ai tourné le dos afin de ne pas les voir. Qui sait ce qui aurait pu arriver ?

J’avoue qu’avant mon traumatisme, jamais je n’aurais réagi ainsi, mais – depuis ma chute -  je ne supporte plus les gens qui imposent leur volonté aux autres, avec pour seule raison, leur désir personnel.