Mado – dont vous ne pouvez pas voir le blog car il n'existe pas  -  fera de temps en temps trois petits pas sur Presquevoix ; parfois seule, ou en duo avec moi. Cette fois, il s’agit d’un duo où nous nous sommes inspirées de l''une de ses photos  prise en été 2018, dans un village gascon. 

Aujourd’hui, vous pouvez lire son texte. Le mien sera publié dans deux jours.

 

IMG_20180731_203930_1

Sur quel pied danser...

 

Dans son journal, Nijinski appelait de tous ses vœux  un « dieu qui danse ». Il était mort trop précocement pour savoir  qu’un jour il serait exaucé, enfin presque. Bien lui en fut fait en somme, car  une âme si éprise d’absolu eût certainement  été un peu déçue.

Quelques décennies plus tard, Alexandre le fut aussi. Ce soir-là, comme d’ordinaire, il s’était bien torché au bal du village et  levant haut la jambe  il avait, devant son public depuis longtemps acquis,  paraphrasé le génie bondissant. Bien à son insu, le pauvre !  Lui qui avait seulement retenu de ses quelques années de  Primaire trois compagnons  de beuverie !  A l’extinction des feux, le trio ne s’était pas senti  d’aller plus loin que les cyprès du cimetière pour cuver sa piquette. De concert ils s’étaient soulagés d’urgence sur le muret d’enceinte, et c’est là qu’ils étaient tombés nez à nez avec lui, qui se déhanchait  sur sa croix de pierre. Ils n’en croyaient pas leurs yeux :

(Note : l’échange  ci-dessous se lit avec l’accent)

-          Putain  (on le sait, le Gascon est  un précurseur linguistique) ! Putain ! Hé bé, lui aussi a pété un boulon ! Et pas si brave le père pour s’y frotter, qu’il  en a envoyé le fils !

-          Moi, j’ai toujours pensé que c’était un déséquilibré ce type, renchérit Antoine.

-          En tous cas, con, sa rockégraphie ne vaut pas un clou ! conclut Arthur en connaisseur. 

Seul  Antonin s’était tu. Ses yeux vaguaient par les coteaux  baignés de lune, caressant  cette Terre  qu’alentour  il trouvait si jolie.

-          Si tu veux y rester plus longtemps, parvint-il à  philosopher à part soi, il faudrait peut-être que tu arrêtes la rouquine… 

Et s’adressant en silence au danseur qui ne cessait de dodiner et lui donnait  le tournis, il en  fit serment au père si puissant : dès demain, il freinerait la rouilleuse...