On était au rayon surgelé du supermarché et elle m’avait demandé où je partais pendant mes vacances de février ; je lui avais répondu simplement.

-          En Angleterre.

C’est à ce moment-là qu’elle m’a servi sa diatribe sur l’Angleterre et les Anglais.

-          Comment ? Me dis pas que tu vas filer du fric à ces égoïstes qui  se retranchent dans leur Brexit et qui  sont même pas capables d’aligner deux mots en français ! Ya pas pire qu’un anglais ! Enfin si, deux anglais !

Et en plus, elle se trouvait drôle. Je savais que, deux ans plus tôt, elle s’était séparée de son mari qui était anglais. J’imagine qu’elle lui en voulait encore et que l’Angleterre servait à épancher sa poche d’humeur maritale. J’ai voulu passer au rayon « produits frais », mais elle  a bloqué mon chariot de son corps et a rajouté.

-          Et tu sais qu’en plus ils baisent mal les Anglais ?

J’ai rétorqué, gênée.

-          Mais, mais … j’y vais pour faire du tourisme !

-          Je me doute, a-t-elle répliqué, mais si l’envie te prenait, je te les déconseille vivement.

A ce moment-là, j’ai empoigné fermement mon chariot  et j’ai commencé à faire mine de partir, mais elle n’avait pas fini.

-          Tu sais que j’ai été mariée à un Anglais ?

-          Oui, bien sûr, puisque vous étiez venus manger à la maison tous les deux.

-          C’est pour ça que je peux en parler en connaissance de cause ! Il n’y a pas de peuple plus autiste et plus coincé que les Anglais. Et puis leurs hôtels ! Leurs hôtels c’est de la merde, sans parler de leurs transports en commun !

La situation devenait on ne peut plus embarrassante ; elle parlait de plus en plus fort en faisant de grands moulinets avec ses bras. J’ai soudain trouvé une porte de sortie.

-          Tu sais que je vais me remarier ?

-          Non, je l’ignorais. Et avec qui ?

-          Avec un anglais !

J’ai vu son corps se ratatiner et son visage se décomposer ; j’en ai profité pour battre en retraite !