Dans la famille on était subalterne de père en fils. Personne n’avait jamais failli à la règle, sauf lui.

-          Subalterne, jamais ! avait-il dit à son père.

-          Mais tu te prends pour qui ?

-          Un homme.

Son père était sorti de table en vociférant. Pas de dessert pour moi, avait-il dit, je ne mange pas avec des anarchistes. Et lui avait fini de manger avec sa mère qui était restée silencieuse.

Alors qu’elle débarrassait la table il lui avait demandé.

-          Toi aussi tu penses comme lui ?

-          Non. A vrai dire je déteste deux choses : mon patron et mon salaire, mais que faire ?

-          Résister. En tout cas, moi, je ne serai jamais un larbin.

Sa mère sourit tristement et conclut.

-          C’est vrai que l’on vit dans un monde inhumain. Tu as raison de ne pas accepter ça.

Il observa sa mère. Pouvait-elle, un seul instant, penser différemment de son mari ? Il ajouta.

-          Tu sais, les gilets jaunes, c’est notre force !

-          Je suis d’accord avec toi. Se soumettre de père en fils, cela mène à la catastrophe.

-          Pourquoi tu ne manifestes pas ?

Elle aurait voulu lui dire que oui, elle manifesterait bien sûr, mais elle ne pouvait pas encore agir, peut-être qu’un jour…