Quand ils écoutaient « Je te veux », elle avait l’habitude de lui dire, presque exaltée « Cette musique, c’est la nôtre, c’est toi et moi ! »

Aujourd’hui, il est assis au premier rang de cette salle de concert et il écoute le pianiste  jouer « Je te veux », leur musique, mais il est seul. Elle, il y a six mois qu’elle est partie, sur un désaccord.

A la fin du morceau, il sent une main se poser  sur son épaule. Il se retourne, sûr de la voir, pourtant non,  ce n’est pas elle, c’est une  femme inconnue, qui ne lui ressemble pas. Elle est jeune, le teint mat, tout aussi brune qu’elle était rousse.

-           Je vous connais, affirme-t-elle, mais je ne me souviens  plus d’où.

Il est sur le point de lui dire qu’il ne la connaît pas, mais il se retient et dit.

- Votre visage me dit quelque chose, mais vous dire où je vous ai rencontrée...

Je les observe depuis un certain temps, c’est moi qui les ai rapprochés. Je me doutais que lui était prêt pour une rencontre et qu’elle, aimait les hommes mélancoliques. J’ai cru préférable que ce soit elle qui fasse le premier pas, je savais que lui n’en aurait pas le courage. Je les regarde  sortir ensemble du théâtre. Joli couple, vraiment, j’ai bien fait de les unir, ils ont déjà l’air complice, vous ne trouvez pas ? Je me demande, maintenant, quelle partition ils vont jouer… mais ça, même un ange ne le sait jamais d’avance.