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-          Très jolie salle que la vôtre, lui a-t-il dit en s’installant. Vous habitez seule dans cette maison ?

-          Non, avec maman, lui a-t-elle répondu le visage blanc.

Il l’a regardée en souriant.

-          Oui, avec une maison aussi grande, il vaut mieux ne pas être seule. Vous vous intéressez donc aux tapis persans.

-          Non, pas moi, ma mère. Elle pense que la pièce gagnerait ainsi en beauté.

-          Votre mère n’est pas là ?

-          Non, elle est partie faire des courses.

Elle se demandait pourquoi il lui posait des questions avec autant d’insistance. Afin d’éviter cette peur qui montait en elle, elle a appelé son chien.

-          Rex ! Rex ! Viens ici.

Rex est arrivé aussitôt, fidèle à sa maîtresse,  et il s’est installé à ses pieds.

-          Rex ? Un joli nom.

-          Du latin regere, « diriger, gouverner ». Un sacré guerrier que Rex.

-          Je vais chercher quelques petits tapis dans la voiture, ainsi que le catalogue, afin que vous voyiez notre collection.

Elle s’est dirigée immédiatement vers la cuisine pour prendre un couteau - au cas où - puis elle s’est assise au même endroit. Rex, lui, ne semblait pas inquiet.

Le représentant est revenu avec un grand sac rouge à la main. Elle n’aurait jamais dû le faire entrer en l’absence de sa mère. Mais celle-ci avait disparu la veille.

Pauvre maman, a-t-elle pensé les yeux embués de larmes, jamais elle n’aurait imaginé que sa propre fille, un jour, lui aurait fait suivre ce chemin de l’exil.

-          Alors,  si  je vous montrais maintenant notre collection, a dit le marchand en approchant sa chaise de la sienne.

« Il est beaucoup trop prêt », s’est-elle dit à voix basse, « s’il continue comme ça, il n’en sortira pas vivant. ».

Obsédé par son catalogue de ventes, le représentant ne remarqua pas le couteau qu'elle tenait...

 

PS : photo prise non loin de Rouen, dans une chambre d’hôtes.