Voici notre Duo de Septembre. Aujourd’hui voici mon texte, suite à celui de Caro.

L’inducteur est « Elle fait la liste de tout ce qui aurait pu être pire » de Catherine Enjolet dans son livre « Sous silence ».

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Sur la piste des mots

 

Elle fait la liste de tout ce qui aurait pu être pire :

Suite à son traumatisme, elle aurait  pu attendre un mois avant de se souvenir du nom de ses enfants, de son mari et de ses amis. Quant à des  mots aussi banals que œuf, viande, train, voiture, table, chaise, arbre, micro-ondes, cuisinière, marteau, clou, ils auraient pu ne refaire surface qu’au bout de trois mois. Même chose pour le nom de sa rue, de sa ville, de son pays ou de ceux qui peuplent le monde.

Mais le reste, ce qui n’est toujours pas revenu, quand s’en souviendra-t-elle ?

Tous ces synonymes et antonymes, toutes ces figures de style, toutes ces connaissances acquises dans le domaine de la littérature, du cinéma, de la psychanalyse ou de l’économie, elle se languissait de leur absence ; quand allait elle les revoir  ?

Et tous ces mots portugais, anglais et espagnols qu'elle aimait presque, quand revivront-ils la vie  qui était la leur dans son cerveau ?

J'imagine les mots comme  de solides clefs qui ouvrent les portes de la vie. Que faire quand nombre d’entre eux ont perdu les chemins qui étaient les leurs ?

 

PS : Cette  citation m’a immédiatement reconduite vers la chute  que j'ai faite le 25 mai. J'aurais pu faire preuve d’humour, mais impossible de parler ainsi de l' aphasie, cette nouvelle compagne.