Je vous parle comme à une amie, je ne vois pas beaucoup de monde, je suis seule, je regarde le monde vivre. Les vieux dérangent ; ils sentent la mort. Ils perdent la tête et laissent le corps prendre la place de l’esprit.

Je vous parle comme à une amie,  vos yeux surpris lisent la vieillesse de votre jeunesse. Vous ravalez votre orgueil, vous m’observez, vous déchargez votre jeune pitié compatissante, vous parlez lentement, vous prenez le temps, vous vous adaptez,  vous êtes mes yeux,  vous êtes mon esprit réincarné, vous êtes mes oreilles, vous êtes le temps retrouvé. 

Je vous laisse partir pourtant, vous avez votre vie mais votre absence m’est douleur ; plus d’ouïe, plus de vue, plus de goût, plus rien, juste le souvenir disparu, l’espace momifiée. La télévision branchée crache ses images sonores. Je n’ai plus de désirs, je suis fatiguée des souvenirs.

Je vous parle comme à une amie, mais je ne vous vois plus, je sens le fil se casser, je respire à peine surtout ne pas le couper…Je suis le blanc  aimé…