S’il y a de la lumière, je sonne, s’était-il dit. La lumière s’était allumée et il avait sonné.

Il faisait confiance au hasard pour les rencontres. La femme qui lui avait ouvert avait au moins 80 ans, ses bigoudis laissaient apparaitre un crâne rose, et son menton s’ornait d’un long poil blanc.

-          C’est pour quoi ? Lui dit-elle en en souriant, laissant apparaître une dentition jaunie par la cigarette.

-          Euh, pour rien. Je me suis trompée.

-          Trompé ? Vous croyiez trouver qui ici ? Elisabeth Taylor ?

Il ne put s’empêcher de sourire. Elle avait au moins de l’humour.

-          Pour tout vous dire, je croyais que la propriétaire avait la moitié de votre âge, voire moins.

-          Je comprends que vous soyez déçu, mais dites-moi, vous sonnez pour passer le temps ?

-          Oui.

-          Tenez, entrez donc, je vais vous tirer les cartes.

-          C’est comme ça que vous gagnez votre vie ?

-          Pas vraiment, c’est un passe-temps.

Dans la salle à manger rose bonbon, il fut accueilli par les cris d’un perroquet qui disait en boucle « ta gueule Roger, ta gueule ».

-          C’est qui, Roger ?

-          Mon défunt mari.

-          Ah !

Une demie- heure plus tard, après lui avoir tiré les cartes, elle conclut un peu tristement.

-          Bon, rien de bien folichon. C’est pas demain que vous allez rencontrer Marilyn Monroe. Et puis pour le travail, changez, la comptabilité c’est pas fait pour vous. Pas assez créatif. Faites de la musique.

-          J’en ai jamais fait.

-          Chantez !

-          J’ai jamais chanté !

-          Eh bien commencez. A votre âge on peut tout faire.

Vous croyez ?

-          Bien sûr.

C’est le moment que le perroquet choisit pour dire : « Vas-y mon gars, vas-y. Fais pas comme Roger ! »

-          Vous voyez, Coco aussi vous encourage !

Elle lui tendit la main et conclut.

-          Revenez dans six mois. Je suis sûre que tout aura changé.

Il voulut lui donner 20 euros mais elle refusa son billet.

-          Non, c’était un plaisir. Généralement je vois que des vieux croutons, alors pour une fois que je vois un jeune.

Elle le regarda s’éloigner derrière ses rideaux en dentelles. Pauvre petit gars, pensa-t-elle, s’il savait qu’il va mourir demain…

 

PS : Prochain texte le mardi premier mai.