J'ai la main sur la poignée de la porte, mais  je frappe trois coups, comme au théâtre. Quand une voix de basse me dit « Entrez ! », j’ai l’impression que Faust lui-même me donne la réplique. J’ouvre la porte. Dans la pièce il n’y a personne, juste une odeur d’encens et le lit où l’on a tendu une couverture rouge alors que d’habitude elle est noire.

La même voix de basse me demande de me déshabiller et de m’allonger. J’obéis.  C’est à ce moment que je vois la caméra fixée au plafond. Pourquoi cet imbécile a-t-il mis une caméra au plafond alors que d’habitude il est là en chair et en os, surtout en chair d’ailleurs. Et  pourquoi s’amuse-t-il à changer de voix ? Je ne comprends rien.

Je lui  annonce  le tarif  et la voix se fait dure : «  trop cher ! » Je précise que c’est le tarif habituel et que je ne suis pas prête à le baisser. La voix répond  «  Soit, mais ne prenez aucune initiative. ».  Je  demande à la voix qui elle est parce que d’habitude l’autre…

Ma question l’énerve au plus haut point et elle me répond  que l’heure n’est plus aux habitudes, que l’autre n’existe plus, qu’elle l’a tué et que si je veux partir, la porte est ouverte. Malgré ma peur, je décide de rester,  j’ai trop besoin de cet argent pour payer mes deux loyers de retard, sans parler  de mon forfait  téléphone et de la mensualité de mon crédit. Je reste immobile et j’attends, nue, allongée sur la couverture rouge.

Après quelques secondes de silence,  la voix commence à me susurrer des choses insensées et  un souffle chaud court  le long de mes jambes jusqu’à la pointe de mon pubis… c’est la première fois que je fais l’amour avec une voix.