Aujourd'hui, voici le texte de Caro sur la même  contrainte  : utiliser ce vers de Guy Goffette " j’avais dix ans et plus de voyages dans mes poches que les grands navigateurs"

 

J’avais dix ans.

 

J’avais dix ans et plus de voyages dans mes poches que les grands navigateurs, et aussi une bille volée à un grand, des bouts de papier et un crayon avec une mine multicolore.

Il y avait de tout dans mes poches : des bonbons, des restes de goûter, des pierres plates pour les ricochets. Mes poches s’emplissaient et se vidaient comme par magie. Le jour de mes douze ans j’y ai glissé le couteau de poche d’un cousin qui croyait l’avoir perdu. A quinze, un rouge à lèvres, premier et dernier vol d’une brève carrière de délinquante. Je venais d’avoir mon bac quand j’y ai glissé mon premier iPod.

Je trimbale toujours autant de choses. Je frôle le mètre quatre-vingts et sur l’échalas que je suis, c’est à peine si on remarque tout ce qui s’entasse dans les doubles-fonds de mon manteau. Le plus souvent un livre, écorné et sali, des miettes que je refile aux oiseaux, le photomaton d’un ex dont j’ai oublié le nom mais pas la peau, des trucs quoi.

Un jour dans l’open-space où je bossais, j’ai eu envie d’une clope. Ça tombait bien c’était la pause. Je suis sortie sur l’esplanade de la Défense, aussi sec le vent m’a giflée. J’ai regardé les gens et puis j’ai ressorti une bulle de verre irisée de partout qui traînait au bout de mes doigts, belle, et inutile pour gagner aux billes. J’ai regardé le ciel à travers. J’ai vu que mes poches étaient remplies de rêves et qu’il fallait que je les sorte un peu au grand air, histoire de les vivre un peu.

Et c’est ce que j’ai fait.

 

 PS : prochain texte le samedi 3 mars