Lavoir_Ille_sur_T_t_pour_Ghislaine

 Le jour où je suis retournée au lavoir, me sont revenus les rires et les confidences mêlées au rythme des battoirs. Les jours de lessive, le linge était frotté énergiquement et les esprits s’échauffaient au fur et à mesure que les bassines s'emplissaient de linge mouillé.

J’étais enfant, mais rien ne m’échappait, ni les peurs, ni les joies, ni les tristesses des unes et des autres. Jalousies, trahisons, colères, impuissances, désirs, tout était éventré puis lavé dans l’eau froide qui rougissait les mains de ces femmes dures à la tâche.

Parmi elles, Lydie était la plus pudique,  jamais un mot ne lui échappait, comme si elle avait peur que cette proximité ne pût se retourner contre elle.

Un beau jour, elle  avait été interdite de lavoir. On avait appris que son mari lui avait signifié que le linge sale se lavait en famille, et non  au lavoir, avec les femmes du village.

Aujourd’hui, le lavoir repose silencieux sous sa charpente en bois mais, si vous collez votre oreille au mur, vous saurez qu’il résonne encore de secrets que l’on croyait scellés dans la pierre…

 

PS1 : aquarelle gentiment prêtée par Chinou, dont les carnets de voyage sont de toute beauté.

PS2 : prochain texte le dimanche 4 février.