L’homme sur son cheval noir avait fait irruption dans la clairière où elle se promenait. Il avait fait virevolter l’animal autour d’elle puis il lui avait demandé si elle voulait monter. Elle avait bien sûr refusé : pour qui se prenait-il ? Cependant, elle lui avait tout de même demandé de la part de qui il venait.

Il lui avait répondu simplement : « Les fées ».

-         Mais pourquoi ne sont-elles pas venues elles-mêmes ? Avait-elle rétorqué, méfiante.

-         En mai, les fées ont fort à faire, alors elles m’ont délégué.

Elle réfléchit un instant tout en l’observant. Sa peau brune donnait à ses yeux clairs une lueur qui venait d’ailleurs.

-         Alors ? Vous venez ? insista-t-il.

-         Mais pourquoi vous accompagnerais-je ?

-         A cause du conte que vous avez écrit et dont vous n’arrivez pas à trouver la fin.

Elle sourit intérieurement. C’est vrai que ce conte lui donnait du fil à retordre. Elle devait l’envoyer à son éditeur avant le 15 juin pour les illustrations, mais il restait dramatiquement inachevé.

La bête commençait à piaffer d’impatience malgré l’autorité du cavalier. Soudain celui-ci lui tendit la main. Elle la prit et se retrouva – elle ne se savait pas si souple - à califourchon derrière lui. Elle l’entendit alors dire au cheval.

-         Au galop Sultan, on rentre à la maison !

Et le cheval obéit immédiatement.

Si elle trouva la fin du conte, personne ne le sut, car elle ne répondit jamais à aucun mail ou aucun courrier de son éditeur...