20171022_142056_1Lisa se rêvait en Cendrillon, mais sa vie oscillait entre le magasin de chaussures où elle naviguait dans un océan de boîtes en carton et le studio qu’elle louait rue du Sud. Jusqu’au jour où il est apparu. Non, pas le prince charmant, mais l’homme qui lui a posé la question insolite qui a changé sa vie.

-          A quoi rêvent les vendeuses de chaussures ?

Lisa n'a   pas  répondu tout de suite car elle était occupée à observer le pied  gauche de l'homme. Sa cambrure était si mal faite qu'elle se demandait comment elle allait le chausser.

-          Eh bien, on ne rêve pas monsieur - a-t-elle fini pas dire - on subit.

-          Les vendeuses  de chaussures ont aussi  le droit de rêver, même si elles ne s’appellent pas Cendrillon. Tenez, voici ma carte de visite.

-          A propos de Cendrillon, a t-elle rétorqué malicieuse, je dois vous dire que pour chausser un pied comme le vôtre, ce n’est pas de la tarte !

Elle a pris sa carte de visite et a lu : Monsieur Derviche, magicien, 10 Cour du Nom de Jésus, Paris.

-          Vous faites tourner les tables ?

-          Pas vraiment, mais j’exerce mes talents dans la magie et la divination. Une séance gratuite pour vous si vous voulez connaître votre avenir.

-          Mon avenir ? Il est tout tracé.

-          Tout tracé !  Autant de fatalisme à votre âge, ça fait peine. Rêvez jeune fille, rêvez !

En rentrant chez elle, elle a mis  la carte de visite dans le tiroir de sa table de nuit, peut-être qu'un jour, qui sait ?

Un mois plus tard, elle l'appelait. Comment passe-t-on de la vente de  chaussures à la magie ? Seul Monsieur Derviche pourrait l'expliquer. Mais les magiciens n'expliquent jamais leurs tours, sinon rêverait-on ?

 

PS : photo prise à Bruxelles