20171008_095204Sur la feuille ce message mystérieux « Je tue il » qu’on avait glissé dans sa boîte aux lettres. Avant ou après avoir déposé le pigeon mort ? Cette question lui avait trotté dans la tête toute la journée. Qui lui en voulait à ce point ? Elle ? Non, pas elle quand même, mais alors qui ?

Retirer le pigeon avec du papier journal l’avait fait vomir. Il n’avait pu que constater combien il était fragile, son estomac se retournait pour un rien.  Si c’était elle, elle avait la rancune tenace. Un an plus tard elle lui en voulait encore. N’était-ce pas lui, pourtant, qui aurait dû lui en vouloir et mettre un pigeon mort, voire deux,  sur son paillasson qui annonçait gaiement « Welcome » aux visiteurs qui s’aventuraient jusqu’au seuil.

« Une frappadingue » se murmura-t-il à lui-même. Il avait été bien mal inspiré de lui accorder sa confiance, elle en avait abusé jusqu’à l’indécence. En remerciements, ces deux messages de mort. Et que lui arriverait-il  ensuite ? Elle l’attendrait avec une arme en jugeant qu’elle l’avait suffisamment prévenu ?

Ces anticipations apocalyptiques le conduisirent directement au commissariat de police avec, dans sa poche, le message et la photo de sa boîte aux lettres où était exposé le pigeon mort. Quand il eut fini de raconter son histoire, l’officier de police lui dit  d’un ton aigre-doux.

-          Et vous comptez porter plainte ? 

-          Vous en pensez quoi ?

-          Je pense que vous avez trop d’imagination, c’est une bêtise de gamins, rien de plus !

Il partit du commissariat dans un état d’agitation extrême. « Elle est belle la police » se lamenta-il, « elle est belle ! ».

Deux jours plus tard, la police était appelée au 42. Sur le corps du défunt on avait placé l’écriteau : « Elle a tué il ».