20170830_095537C’est dans le sixième tiroir qu’elle l’avait trouvé. Un mot jauni, oublié de tous, peut-être même de celle qui l’avait reçu. L’homme lui donnait rendez-vous derrière le court de tennis, dans la remise où le bois attendait les grands feux qui brûlaient dans l’âtre dès le mois de novembre.

Mais qui était cet homme ? Son mari ? Un amant ?

Le soir-même, alors que sa grand-mère tricotait et qu’elle-même lisait un livre dont l’histoire lui échappait, elle lui avait glissé l’air de rien.

-          J’ai trouvé un mot dans le petit meuble à tiroirs du salon.

-          Ah bon ? Répondit sa grand-mère sans lever les yeux.

-          Oui, un mot pour toi. Mais il date et il est tout jauni !

-          Ah, ce mot-là !

-          Tu te souviens ?

-          Oui.

-          C’est de papy ?

-          Ton grand-père n’aurait jamais écrit ça.

-          Alors de qui ?

-          Tu es bien curieuse.

-          Mais pourquoi tu l’as gardé à cet endroit depuis tout ce temps ?

-          Va savoir pourquoi on garde les choses, lui avait répondu sa grand-mère, soudain triste.

Elle n’avait pas insisté.

Une partie de la  réponse était venue dix ans plus tard, à l’enterrement de sa grand-mère.  

Elle n’en sut jamais plus que le peu qu’on avait bien voulu lui dire, mais cette béance fut le motif de son premier roman qui s’intitula : « le silence »

 

PS : photo prise à Bonnemare.