M. Mouton était établi depuis vingt-cinq ans comme boucher à St Jean Pied de Port et il travaillait la viande sous toutes les coutures. La bavette, le paleron, l’araignée,  le jarret, les jambonneaux, les filets, les plats de côte, les gigots et les côtelettes étaient toute sa vie mais, depuis quelques mois, l’enthousiasme n’était plus au rendez-vous ; la viande le rendait morose et il ne pouvait plus avaler un seul morceau de chair cuisinée.

Il avait même fini par devenir végétarien, au grand désespoir de sa femme qui tenait la caisse de la « Boucherie Moderne »  depuis dix-neuf ans. Madame Mouton faisait des pieds et des mains  pour que l’étrange goût de son mari pour les végétaux et les fruits soit gardé dans le plus grand secret. Car, qui peut imaginer qu’une clientèle – aussi fidèle soit-elle -  continue à se fournir en viande auprès d’un boucher végétarien ?

 

PS : prochain texte le 15 aout.