20170610_141609A l’époque, elle aurait déjà dû s’en douter, un rien peut changer le cours du destin.

-          Pas cap ! lui avait dit Mathieu l’air rigolard.

-          Pas cap ? Moi ? Tu me connais mal.

Et elle avait accepté ce pari absurde qui ne lui rapportait rien, si ce n’est l’estime d’un amoureux stupide. Il lui fallait aller jusqu’au bout et tenir une semaine entière.

Dans quelque position qu’elle se trouvât – même la tête en bas - elle savait que l’épreuve serait difficile, peut-être même fatale. Et si elle en mourait ? Quand elle avait évoqué cette possibilité, Mathieu avait éclaté de rire.

-          On ne meurt pas de dire à quelqu’un qu’on l’aime même si on ne l’aime pas !

-          Qui sait ? Tu auras peut être un cadavre sur la conscience.

Et à quoi cela rimait-il de dire à ce garçon qu’elle connaissait à peine - si ce n’est par le surnom dont il était affublé - qu’elle l’aimait ? On l’appelait « Le muet », parce qu’il ne parlait à personne e présentait toujours un visage neutre, comme s’il était incapable d’empathie.

Quand elle lui avait fait sa « déclaration » -  à l’époque elle devait avoir 20 ans – il l’avait regardée de son air inexpressif et lui avait répondu.

-          C’est un pari ?

Elle avait rougi en assurant que non. Bien sûr il n’en avait rien cru. Pour faire passer sa gêne, elle l’avait invité à faire un tour au  jardin du Luxembourg ; la journée était belle et elle adorait voir les enfants jouer près du bassin. Il avait accepté en esquissant presque un sourire.

C’était il y a dix ans. Aujourd’hui, elle n'a plus de nouvelles de Mathieu. S’il la voyait avec « le muet », c’est lui qui perdrait l'usage de la parole car il se rendrait compte que l’amour peut parfois changer le cours d’une vie…

 

PS : photo prise en mai sur les quais de Rouen.