Caro et moi-même entamons un nouveau duo pour ce mois de Juin. Caro a trouvé que cette vidéo saurait faire frétiller notre imaginaire.

Aujourd’hui, vous pouvez lire mon texte, très librement inspirée de cette vidéo.

 

Voir Venise et…

 

Ils avaient décidé de faire leur voyage de noces à Venise. Eux qui se définissaient comme « des intellectuels  allergiques aux modes et aux traditions » cumulaient déjà deux « tares » : le mariage et Venise.

Depuis leur arrivée, ils enfilaient des colliers de « Oh » et de « Ah » qui laissaient dans leur sillage des sourires amusés. Venise était vraiment telle qu’on la décrivait.

Le comble de l’extase : des funérailles sur l’eau ! Sur la première gondole trônait le cercueil, et sur les trois autres, la famille vêtue de noir.  Ils mitraillèrent. L’extase ! C’était tellement émouvant.

Le soir même ils firent l’amour dans leur lit « king size ». « Pour conjurer la mort, » se dirent-ils en riant avant de se dévorer l’un l’autre.

Ils eurent droit à des coups furieux contre la paroi, accompagnés de protestations en anglais - « Stop your fucking noises ! ».  Ils  répondirent en riant « Bullshit » et jouirent bruyamment, comme un pied de nez à ces grincheux qui  voulaient les empêcher d’être heureux.

Le lendemain, ils partaient à nouveau à l’assaut du grand canal, mais le temps était nettement moins agréable que la veille. Un ciel gris et un léger vent d’Ouest semblaient avoir découragé la plupart des touristes. Les gondoliers, eux, affichaient le même sourire que par beau temps, mais leur nombre avait diminué de moitié.

Le type qui les embarqua sur sa gondole - aussi noire que brillante - devait avoir dépassé l’âge de la retraite et sa barbiche blanche lui donnait un petit air démoniaque. Il leur dit  « Luna di miele ? » et le couple répondit « Ecco » à l’unisson. « Molto bene », répondit le gondolier tout sourire. Et il ajouta en français.

-          Alors pour vous, ce sera  le grand jeu.

-          Vous avez vécu en France ? demanda la jeune femme.

-          Oui, à Paris, je travaillais dans un magasin de pompes funèbres, sans parler de mes activités annexes, dit-il sans l’ombre d’un accent.

Le couple se regarda,  surpris. Le gondolier actionna sa rame à une vitesse phénoménale qui les fit douter de l’âge qu’ils lui avaient donné.

C’est face au palazzo ducale que la « chose » arriva. Les témoins de la scène certifièrent que deux mains géantes sortirent de l’eau. L’une se saisit de la femme, l’autre de l’homme, et ils furent maintenus au-dessus de l’eau pendant deux longues minutes alors qu’un air d’opéra  retentissait.

Les mêmes témoins ajoutèrent que le gondolier avait miraculeusement réussi à s’éloigner à grands coups d’aviron. La police voulut avoir son témoignage, mais aucun gondolier de Venise ne le connaissait.

Quant à l’homme et à la femme, on ne retrouva jamais leurs corps et ils font maintenant partie de la légende de Venise. Un scénario soigneusement orchestré et à la mise en scène grandiose retrace leur épopée dont les touristes raffolent. A quoi tiennent les légendes !

Bien sûr, l’histoire ne dit pas à qui appartenaient ces mains, mais qui aurait pu le dire ? Seul le gondolier, peut-être, mais peut-on retrouver un homme qui n’en est pas tout à fait un ?

 

PS : prochain texte mercredi 14 juin.