Mardi dernier, lors de la présentation des épreuves de l’oral de l’agrégation, je me suis rendue compte que l’un des membres du jury était un inspecteur avec lequel j'avais eu un  problème en 1995.

Ce supérieur hiérarchique avait, entre autres, émis des doutes quant aux arguments que je lui avais présentés par courrier pour justifier mon absence à un stage organisé par ses bons soins à Bordeaux pendant les grandes grèves de 1995.

Par ailleurs, ce fonctionnaire  " zélé " avait envoyé un double de la lettre qu’il m’avait adressée à mon inspectrice référente, ce qui m'avait semblé le comble de l'abus de pouvoir.

Le responsable syndical du SGEN-CFDT -  auquel j'adhérais à l'époque  -  m'avait fait l'amabilité de répondre humoristiquement  à la lettre que l'inspecteur m'avait envoyée. Il était plus qu'urgent de faire descendre ce Monsieur de son petit balcon hiérarchique d'où il entretenait l'illusion que nulle loi ne pouvait être supérieure à celles qui émanaient de lui !

Voici cette lettre que j’avais précieusement gardée :

« Monsieur l’Inspecteur,

Suite à votre courrier du 3 janvier à Madame B, professeur au lycée des B, à R, le SGEN-CFDT tient à vous faire part des remarques suivantes.

Vous écrivez qu’il « n’était pas exact » que « tout déplacement était impossible les 29 et 30 novembre » 1995. Nous comprenons que cette affirmation vous ait paru inexacte… vu de Bordeaux. Nous tenons toutefois à vous rappeler que la gare de triage de Sotteville-lès-Rouen, nœud ferroviaire rouennais, était en totalité en grève reconductible dès le 25 novembre, bloquant totalement et de façon imprévisible tout trafic SNCF sur Rouen et sa région. Dès lors, que restait-il ? L’avion ? Nous espérons, pour les finances de l’Education Nationale, que les stages pédagogiques ne prévoient pas le remboursement de tels frais de déplacement. La voiture ? C’est exclu en ce qui concerne Madame B qui ne conduit pas et se déplace à bicyclette. Quant à ce dernier moyen de locomotion, vous comprendrez que les rigoureuses conditions climatiques aient dissuadé Madame B de l’utiliser : le calendrier des courses sur route clôt fin octobre pour ne reprendre qu’en février. Ce qu’on ne demande pas à un sportif professionnel, peut-on raisonnablement l’exiger d’une pratiquante courageuse, certes, mais dilettante ?

C’est donc dans des conditions agitées sur lesquelles Madame B n’avait aucune emprise qu’elle a dû vous prévenir à une date qu’elle n’avait pas choisie (…) et de façon officielle, soit par écrit et non par téléphone.

Que, dans l’urgence et l’affolement créés par une situation qu’encore une fois Madame B ne maîtrisait pas, elle vous ait écrit « sur une feuille de papier déchirée  et non sur une feuille de format A4 qui aurait sans doute mieux convenu à cette correspondance » doit être mis sur le compte du désir de vous prévenir dans  les délais les plus brefs, désir au nom duquel elle a sacrifié les détails pour sauver ce qui pouvait encore être sauvé : le stage pédagogique.

C’est pourquoi, Monsieur l’Inspecteur, nous comptons sur vous pour vous attacher en priorité au fond de l’affaire et non à la forme que Madame B a peut-être négligée, mais dans son seul souhait de servir au mieux l’Education Nationale.

Quoi qu’il en soit, nous vous prions de croire, Monsieur l’Inspecteur, au profond dévouement de Madame B et du SGEN-CFDT au service public de l’Education Nationale. »

 

PS : cette  publication sert en partie à guérir mon petit " moi " blessé car c'est la deuxième fois que j'échoue à l'oral de l'agrégation. Ce sera aussi la dernière. Dorénavant, je consacrerai mon temps libre à la lecture d'oeuvres que j'aurai choisies. Plus d'obligations, que du plaisir !