20170417_094145Elle regrettait d’être partie de chez lui sur un coup de tête. Si elle s'était raisonnée, peut-être aurait-elle eu matière suffisante à écrire une nouvelle ?

Cette frustration signait la fin de ses illusions. Comment ce type avait-il pu se retenir jusqu’au dessert ?

Elle lui téléphona le lendemain pour tenter d’expliquer son départ.

-          Bonjour Pierre, je tenais à m’excuser.

-          De quoi ?

-          De mon départ précipité, ce n’était pas très sympa de ma part après les efforts que tu as fait.

-          Les efforts ?

-          Oui, pour le repas. Et puis ce mug, ce n’était quand même pas la mer à boire.

-          Ah, tu es partie pour ça ? J’avoue que ce n’est pas de la vaisselle très classe mais je n’avais que ça. C’est un  cadeau d’une vieille copine.

-          …

-          Tu ne dis rien ?

-          A vrai dire, je croyais que le mug voulait me signifier que si j’étais là, c’était pour qu’on s’envoie en l’air ensuite.

Il éclata d’un rire sonore qui lui parut fort déplaisant.

-          Je ne vois pas ce qu’il y a de drôle là-dedans.

Pierre ne répondit rien et elle reprit.

-          Tu trouves que c’est un peu primaire comme façon de penser ?

-          Non, non, mais à vrai dire cette idée était très loin de moi.

-          Tu veux dire que je ne te fais aucun effet ?

Pierre resta silencieux. Cherchait-il une réponse qui ne la blesserait pas ?

-          Non, pas du tout, mais c’est encore un peu tôt pour moi.

Elle n’osa pas lui demander de précisions mais elle se sentit mortifiée. Il lui vint tout de suite à l’esprit que si elle devait lui préparer un menu, ce serait de « la dinde farcie au con » ! Pourtant elle retint cette saillie déplacée.

-          Tu ne dis rien ?

-          Tu voudrais que je te pose des questions ? J’imagine que non. Alors tu vois, tout est parfait, parce que pour moi non plus ce n’est pas encore le moment. Mais en ce qui me concerne,  je dirais plutôt que c’est un peu tard.

Et elle lui raccrocha au nez.

Le lendemain, elle regrettait déjà sa réplique, mais pouvait-elle à nouveau lui téléphoner ?

Il lui fallait  se rendre à l’évidence : elle devait apprendre à tenir sa langue pour ne plus être le dindon de la farce.

 

PS : dessin humoristique de Reiser