20160227_145532La mort émiette les corps comme les biens. La maison avait été démembrée. Marie, à la différence de ses deux frères, n’aimait pas cet endroit. Elle en était partie le jour de ses 18 ans et n’y était revenue que pour  l’enterrement.

Elle a dormi dans la chambre qu’elle occupait enfant, mais une fois la lumière éteinte, elle a senti un  souffle glacé sur son visage : il était toujours là.

-          Maintenant, c’est ma chambre, lui a-t-il dit d’une voix assurée.

Elle n’a rien répondu, mais elle a compris qu’en son absence le fantôme s’était approprié les lieux.

-          Tu ne t’es jamais demandée pourquoi tu m’entendais et me  voyais alors que tes frères ignoraient tout de moi ?

-          Non.

-          Parce que tes peines ont toujours été plus grandes que tes joies.

Elle a allumé la lumière ; c’était comme ça qu’elle le chassait avant. Mais il n’est pas parti. Il a crié.

-          Va-t’en ! Ici ce n’est pas chez toi. Ça ne l’a jamais été.

Elle a  abandonné sa chambre et s’est réfugiée dans la cuisine où elle a allumé toutes les lumières. C’est là que son frère l’a trouvée au petit matin, la tête dans les bras. Elle s’est réveillée avec le bruit de la cafetière.

-          Tu as dormi ici ?

-          Oui. L’autre est dans la chambre.

-          L’autre ? Le fantôme dont tu nous parlais quand tu étais enfant ?

-          Oui.

-          Tu as toujours tes hallucinations alors ?

Elle l’a regardé silencieuse, a bu le café qu’il lui a préparé, puis elle a dit.

-          Je vous vends ma part. Jamais je ne remettrai les pieds ici. C’est fini. Quant au fantôme, je parierai qu’il trouvera un bouc émissaire, si ce n’est pas vous, ce sera vos femmes ou vos enfants, les fantômes n’aiment pas le bonheur…

 

PS : photo prise à Cabourg en février 2016