Pour ce Duo de février, Caro a choisi cette vidéo comme source d'inspiration. Après le texte de Caro, publié samedi, voici le mien.

 

 

La collectionneuse

 

Elle aimait les êtres torturés, surtout les artistes, et elle s’enorgueillissait d’une collection  d’hommes particulièrement éclectique.

Telle une entomologiste, elle les  étudiait et les classait. Il y avait les phalliques, les misanthropes, les angoissés, les pragmatiques, les littéraires, les scientifiques, les machos, les féministes, les conservateurs, les gauchistes etc.

Cette collection était précieusement gardée dans un cahier rouge, glissé dans un tiroir fermé à double tour.

Ses études de cas pouvaient durer de deux jours  à un mois, jamais plus, sans doute en raison de son urgent désir d’écrire un « bestseller » qui lui permettrait d’en finir avec son travail actuel, cause de migraines et d’ennui.

Avec ses « spécimens » - comme elle les appelait parfois en riant – elle montait au septième ciel de la recherche ou descendait dans les abîmes du doute.

Son dernier « cas » en date était un artiste qui brandissait la bannière de son désespoir en déclamant des vers épars. « La vie n’est qu’une salope ! », hurlait-il à tout propos dans  son F3 lorsque la fièvre créative l’abandonnait. Au bout d’une semaine, sa voisine et amie s’était plainte.

-         Mais qu’est-ce que tu lui fais pour qu’il gueule comme ça son désespoir ?

-         Rien, je t’assure

-         Je t’en prie, archive son cas. J’en peux plus de ses beuglements.

Elle avait dû se faire une raison et le congédier. Dommage, elle le regretterait, mais elle pensait déjà au suivant…