Dans cette école catholique bretonne, les traditions étaient respectées à la lettre, notamment  la Nativité et l’Epiphanie.

Le 6 janvier, dans la matinée, Chaque institutrice avait fait un rappel solennel de la signification de l’Epiphanie, cette fête qui célèbre la visite et l'adoration de l'enfant Jésus par les mages, relatée dans l'Évangile selon Matthieu.

La perspective d’une galette des rois dorée ravissait les enfants qui, dès 11 heures, commençaient à dire à qui mieux-mieux : « j’ai faim, j’ai faim » au grand dam des maîtresses. Le savoir donne nettement moins d’appétit que les galettes.

A 11 h 45 les élèves étaient à la cantine et à 12 h 30, ils avaient tous dévoré leur part de galette. Les plus chanceux avaient eu la fève et une rumeur s’est mise à enfler dans la cantine.

C’est une petite fille de CE2, Aurore de Chastelain,  qui est venue voir la maîtresse pour lui dire que sur sa fève il y avait un zizi. La maîtresse, médusée, lui a demandé de montrer sa fève. Quand elle a vu la « chose »,  elle est devenue blême.

-          Donne-moi ça tout de suite, a-t-elle dit à l’enfant sans plus d’explications.

Cinq minutes plus tard, la directrice était sur le pied de guerre et exigeait de chaque enfant qu’il lui remette sa fève. Le cœur battant, elle a constaté que sur chacune d’entre elles, la même chose se répétait : une scène du Kama sutra.

Baptiste a été le seul à ne pas rendre sa fève. Il trouvait ça intrigant ce zizi si grand qui rentrait dans la dame. En arrivant chez lui,  il a montré la fève à son grand frère qui s’est empressé de la montrer à leur mère : « Maman, regarde la fève de Baptiste, il y a un zizi dessus ! »

Madame de Gontran a manqué de s’évanouir en regardant la « chose ».

-          Quoi ? C’est à l’école Sainte Marie que tu as eu ça ?  

Et elle a appelé son mari qui a appelé l’école.

-          Je voudrais parler à la directrice.

-          C’est moi-même.

-          C’est quoi ces fèves ?

-          Quelles fèves monsieur ?

-          Cette fève pornographique que mon fils a eue avec la galette des rois.

La Directrice a bafouillé avant de pouvoir expliquer que l’apprenti boulanger avait confondu les galettes destinées au club de rugby avec les galettes destinées à l’école Sainte Marie.

-          Vous comprenez, a-t-elle ajouté, nous ne pouvions pas savoir !

-          Vous auriez dû Madame. La renommée d’une école religieuse est à ce prix. Croyez bien que je ne vais pas me priver de téléphoner à la direction diocésaine.

-          Mais Monsieur, nous n’y sommes pour rien.

-          Peut-être, mais quand on a charge d’enfants, on ne laisse rien au hasard, et il a raccroché. Monsieur de Gontran n’était pas du genre à plaisanter avec la morale.

Le soir-même, effondrée, la directrice a raconté l’histoire à son mari qui, lui, s’est contenté de lui dire.

-          Alors, elles sont où ces fèves ? On pourrait peut-être se faire une soirée Kama Sutra, non ? Ça nous ferait du bien !

Elle s’est prise à penser que décidément, elle ne pourrait jamais compter sur lui…

 

PS : texte écrit en m’inspirant de cet article.