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Presquevoix...
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1 novembre 2015

Le patron

Quand j’ai dit à mon patron que j’étais en retard à cause du décalage horaire,  il m’a asséné un  « Vous vous fichez de moi madame Dupont, vous étiez dans la Creuse !» Je lui ai expliqué que si la Creuse était sur le même fuseau horaire que Paris, je devais néanmoins me réadapter au rythme parisien. Et j’ai conclu énervée.

- C’est pas parce que j’arrive avec une malheureuse demi-heure  de retard que la terre va s’arrêter de tourner !

Bien sûr il n’a rien voulu entendre. Mon patron fait partie de ces hommes qui ont toujours raison quoiqu’il arrive. Il est resté silencieux un instant, puis il m’a posé une question que j’ai jugée anodine. J’ai eu  tort de ne pas me méfier.

-           Madame Dupont, combien d’années de maison avez-vous ?

-           10 ans, lui ai-je répondu, surprise de ce brusque revirement de ton.

 Et là, je ne sais pas ce qu’il lui a pris : il a desserré le col de sa chemise, tombé sa veste, il a ânonné des onomatopées bizarres d’une voix rauque, puis il s’est rué sur moi comme un fou. Avant que je n'aie pu faire quoi que ce soit, ses mains emprisonnaient mon cou et il m’aurait tuée si Dumontier, le chef du service logistique, n’était pas grimpé à califourchon sur son dos pour qu’il lâche prise.

Ce jour-là, j’ai compris que mon patron me haïssait au point de vouloir me tuer. C’était il y a trois mois. Depuis, je suis en arrêt maladie. Chez moi je ne fais rien. Je passe mes journées à regarder mon cou dans la glace. J’ai encore la trace de ses mains sur ma peau, comme des stigmates. J’ai beau y mettre toutes les crèmes du monde, les traces ne disparaissent pas. J’en ai parlé à mon médecin ; lui non plus ne comprend pas, mais il essaie de me rassurer. Il me dit invariablement, de sa voix calme qui finit par m’horripiler « Tout va rentrer dans l’ordre Madame Dupont, ne vous inquiétez pas. »

En tout cas, moi, je sais bien que  rien ne rentrera plus jamais dans l’ordre. Je vis en décalage permanent…

 

Commentaires
L
Il venait de se vernir les ongles pour laisser de telles traces ?<br /> <br /> Quant à votre collègue, il aurait dû lui rappeler qu'il est interdit de jouer à "saute-mouton" sur son lieu de travail !<br /> <br /> Pour les traces : huile d'Arnica (vivement conseillée).<br /> <br /> J'ai eu de telles envies, mais moi, je suis employée... mais depuis, cela m'a passée et les poings se sont dessérés... :lol:
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E
Quand on est Madame Dupont et qu'on arrive à la bourre au taf on attise forcément la jalousie du petit patron qui lui, arrive toujours avant l'heure parce qu'il n'a pas passé de week-end dans la Creuse ... Madame Dupont ne s'en sort pas si mal: agression avérée, indemnités, à elle la belle vie ;)
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A
et à ceux qui ont vingt ans de maison, qu'est-ce qu'il leur fait?<br /> <br /> (voilà ce que je me demande)
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C
ne jamais insuffler de pathos dans le travail, sinon c'est... la mort assurée. ;)
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D
Ce fabriquant de ceintures a fini par mettre la clé sous la porte. Puis il s'est pendu, ne fois relâchée la taille de son pantalon.
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