Ils s’asseyent l’un en face de l’autre. Elle, ratatinée, 1 m 55 maximum, un visage de  pomme ridée et une silhouette si fluette qu’on pourrait aisément la casser en deux ; lui, beaucoup plus jeune – sans doute son fils -  1 m 70, l’air d’un ours mal léché, le visage bouffi par l’alcool. Il veut commander un demi. Elle hésite un peu. Je vais peut-être commander un porto. Mais il est 11 h 30, c’est un peu tôt. « L’ours » répond : Dépêche-toi !. Et elle se hâte, en fourmi obéissante. Elle opte finalement pour une menthe à l’eau. Le porto ce sera pour plus tard.

 Ils parlent peu, pour quoi faire ? Ils se connaissent sur le bout des doigts ; cinquante ans de vie commune, ça laisse des traces. Elle essaie de lancer un sujet, mais il se lève pour commander quatre jeux -  un astro, un bingo, un solitaire, un cash.

Il revient s’asseoir en face d’elle et le grattage s’avère désastreux. Un putain, fait chier lui échappe à plusieurs reprises. Elle dit qu’il ferait mieux de s’arrêter vu ce que ça donne et il répond par un geste d’énervement.

La télé déverse ses catastrophes, elle sirote son jus, il enfile sa bière, et à midi tapantes, ils partent l’un derrière l’autre, comme un vieux couple qui ne peut plus se quitter.