Revêtu de son inusable pantalon verdâtre et de son tee-shirt blanc-gris, il prenait son poste tous les matins devant le monoprix de Rouen. Les horaires étaient souples – il n’aimait pas les contraintes - et il hurlait toujours de la même voix éraillée.


-    Allez les feignasses, au boulot ! Après on s’étonne que les patrons embauchent pas. Si tout le monde se fout de tout, on risque pas de sortir de la crise !


Parfois, quelques pièces tombaient dans sa casquette, mais souvent, les gens faisaient le grand écart avant d’entrer dans le magasin. Ce vendredi-là, une  mamie avec un chariot à roulettes s’est approchée de lui menaçante.


-    Moi, j’ai commencé à travailler à 12 ans,  alors quand j’entends un branleur comme toi qui parle de feignasses, ça me fait bien rire ! A ton âge, t'as pas honte de faire la manche ? Avec un physique comme le tien on trouve du travail tout de suite.


Le type s’est arrêté de gueuler illico et s’est presque cru  obligé de s’excuser. Son mea culpa n’a duré que quelques secondes ;  une fois  la mamie  partie, il a recommencé de plus belle...