pastelleSes rêves étaient hantés par une tête de cheval prise dans les glaces. S’il n’y avait eu que cette tête, elle n’aurait pas eu peur de s’endormir, mais il y avait aussi l’homme au masque blanc qui l’obligeait à sculpter une crinière que jamais elle n’achevait. Rêve après rêve, armée d’un d’une visseuse et d’un burin, elle imprimait à la glace des formes irréelles, mais jamais la crinière ne se pliait à ses désirs. Au début de chaque rêve, l’inconnu  l’accueillait avec une citation, jamais la même, qu’il articulait d’une voix neutre. Lors du dernier rêve il lui avait dit : Soyez résolu de ne servir plus, et vous serez libre*.

Etait-ce pour cette raison qu’elle l’avait tué ? Le sang avait giclé de mille fontaines et  avait recouvert la glace d’un drapé rouge. Elle avait longuement contemplé l’homme allongé, comme figé par le froid et, au moment où elle avait voulu lui retirer son masque blanc, sa main était restée prisonnière des glaces…

* citation de Etienne de la Boétie (1530 – 1563)

PS : texte écrit à partir de cette photo gentiment prêtée par Pastelle.