Ils voulurent commencer par le café de la poste – le patron y faisait crédit -  mais des vents contraires et des pluies diluviennes  les obligèrent à se rabattre sur un café de la place du vieux marché. Ils commandèrent deux rhums, puis deux autres et à 11 h ils sortirent en titubant. Direction, la Boîte à bière, et tant pis pour le rhum, il fallait savoir changer de maîtresses. Le patron leur servit deux pintes à l’écume mousseuse, et ils remirent ça  une demi-heure plus tard. Ils passèrent autant de temps au WC qu’au comptoir ; il faut dire que leurs vessies étaient mises à rude épreuve. Gérard proposa de terminer sur les Quais, il y aurait bien un café où ils pourraient jeter l’ancre. D’ailleurs, un peu d’air marin ne pourrait pas leur faire de mal. Ils prirent la route en chantant des vieux tubes des années 70 avant de s’échouer au comptoir du Marégraphe. Le garçon contempla ces presque-épaves d’un air dubitatif. Gérard  gueula :
- Nous aussi on fait notre route du rhum,
seulement on n’a pas trouvé de sponsors !
Les clients sourirent, polis, et Marcel  enchaîna :
- Alors qui est-ce qui nous la paie la tournée ?
Puis il perdit l’équilibre, essaya désespérément de s’arrimer au comptoir, mais aucun cordage n’aurait pu éviter la noyade…