P7250026Comme tous les dimanches après-midi, elle était allée au café Majestic, c’était leur jour. Se souvenir de lui suffisait à son bonheur. Elle s’était installée non loin du comptoir – une habitude -  pour entendre les conversations des garçons. Elle pensait que ce dimanche-là serait identique aux autres, un dimanche de solitude et de plénitude. Comme chaque dimanche le garçon vint la voir pour passer commande, ils échangèrent deux ou trois phrases convenues, mais une fois qu’il eut déposé le thé et le « galão » sur la table – le « galão » était la boisson préférée de son mari - quelque chose se produisit, quelque chose qui changea ses habitudes dominicales.
Elle les vit entrer dans le café Majestic, elle d’abord – grande, entre deux âges, la silhouette gracile - et lui ensuite, plus jeune, plus épanoui - la quitter lui avait fait du bien, c’était manifeste. Ils s’assirent à une table non loin d’elle mais ne la virent pas. Ils attendaient de passer commande – peut-être un thé et un galão ? - en bavardant et en se souriant comme s’ils s’agissaient de leur première rencontre et qu’ils en goûtaient les merveilleux instants volés.
Quand il la vit, il s’excusa auprès de sa compagne et vint la voir :
- Bonjour Ana, dit-il simplement, j’ai quitté Londres pour revenir vivre à Porto.
Elle lui sourit sans dire un mot.
-  Tu attends quelqu’un peut-être ? continua-t-il en voyant les deux consommations sur sa table.
-  Toi, justement.

Il la regarda, surpris, mais n’ajouta rien. Ce fut elle qui conclut :
- Oui, tu peux partir. On t’attend ailleurs, je sais.
Elle n’oublia jamais ce regard dans ses yeux : de la pitié, il avait pitié d’elle.
Elle ne revint jamais plus au café Majestic.

PS : texte écrit à partir de cette photo de C.V prise à Porto en 2008, dans un but didactique.
N’oubliez pas de faire le «
virtual tour » du café Majestic de Porto, cela vous donnera envie d’y prendre un verre en fin d’après midi…