Elle n’avait jamais été à un thé dansant, elle y été allée en curieuse, pour fuir sa solitude et aussi parce qu’elle aimait le thé et la danse, aussi bête que ça.

Sa voisine lui avait dit qu’il était de bon ton de s’habiller, elle avait donc ouvert sa penderie et avait regardé pensive sa garde-robe. Indécise, elle avait fouillé sans arriver à se décider. Trop habillée, trop simple, pas assez clinquante, celle-là trop… comme souvent, elle n’avait pas la tenue qui convenait mais comment savoir ce qui était approprié?

La petite robe noire toute simple ? Passe-partout certes mais un peu austère pour un après-midi et la rouge un peu trop voyante. Finalement, elle avait choisi un chemisier blanc et une jupe évasée gris souris, mis les boucles d’oreilles que feu son mari lui avait offert à l’occasion de leur anniversaire des 30 ans de mariage, des perles grises et blanches, du même ton que sa tenue. Elle avait gonflé sa chevelure bouclée en y passant ses mains, déposé une touche de rose sur ses lèvres et laissé de côté le maquillage. Elle voulait danser, pas draguer et même si l’idée d’un petit flirt lui vint à l’esprit, elle s’était dit qu’elle n’allait rien faire pour le provoquer, du moins pas la première fois. Après avoir jeté un dernier coup d’œil dans le miroir, elle avait attrapé son sac, enfilé son manteau et s’était mise en route.

La déception fut à la hauteur de son attente. Certes les personnes rencontrées avaient été charmantes et sa voisine l’avait accueillie à sa table en lui présentant ses amies mais elle n’avait pas réalisé que la moyenne d’âge était nettement en dessus de ce qu’elle avait imaginé et que les danses proposées se résumaient presque entièrement à des valses lentes, idéales pour les problèmes cardiaques et de souffle des danseurs. Elle, ce qu’elle aimait, c’était le tango argentin fougueux et sensuel puis la salsa qu’elle avait découverte lors d’un voyage à Cuba. Sentir à son oreille le souffle court d’un danseur la renversant et la faisant virevolter tout en la tenant plaquée pour un corps à corps voluptueux était une sensation agréable mais entendre son partenaire ahaner et se demander si il allait lui rester dans les bras n’était pas sa tasse de thé. Au fait, et ce thé ? Une autre désillusion car ce breuvage, qui pour elle, peut être source d’agrément ne fut que de l’eau chaude sans goût, dommage !

Elle avait hésité à venir à ce thé dansant du club des ainés de Sarcelles. Maintenant elle sait qu’elle n’y reviendra plus car elle s’estime trop jeune au milieu de cette foule de vieux, dans vingt ans peut-être. Comme le dit si bien Benoîte Groulx « La vieillesse est si longue qu’il ne faut pas la commencer trop tôt ».