Je me souviens de ce jour où je t’ai dit que je t’aimais. Je n’ai pas prononcé ces mots, j’en ai prononcé d’autres mais l’effet était le même. Nous étions assis l’un en face de l’autre, au restaurant, nous avions parlé de tout et de rien pendant tout le repas, nous avions évoqué à mots couverts les sentiments que nous partagions sans oser les nommer, les sous-entendus fusaient et toi tu ne te décidais pas. Allions-nous nous quitter sans avouer nos sentiments ? Je me suis donc lancée ! Tu es resté silencieux puis tu m’as demandé :

-          C’est vrai ?

-          Oui.

-          Depuis longtemps ?

-          C’est venu petit à petit.

Tu m’as regardée et tu souriais. Etais-ce pour cacher ton émotion ? Nous ne parlions plus, nos yeux parlaient à notre place et je sentais que je t’avais touché par cet aveu. J’étais contente, enfin tu savais, enfin tu allais penser à moi d’une autre façon, enfin j’avais pris une place différente de celle que j’occupais auparavant ! Tu ne disais toujours rien mais je voyais un muscle de ton visage trembler, au coin de ta bouche toujours souriante. Tu avais même l’air un peu benêt avec ce sourire tendre et cela me touchait. J’aurais voulu embrasser tes lèvres, caresser ton visage, poser ma tête sur ton épaule et surtout sentir tes bras m’emprisonner, bénéficier de ces petits gestes que font tous les amoureux. L’instant était magique, les minutes passaient et je priais pour que le temps s’arrête. Je ne voulais pas partir de ce restaurant, je voulais prolonger cet instant de grâce que mon aveu avait provoqué. Je savais que toi aussi tu partageais ces doux sentiments pourtant nous nous sommes quittés sur un chaste baiser. Depuis je pense à toi comme à un fruit défendu en me demandant si un jour je pourrais y goûter…